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« Avec 40 millions de dollars investis par an, nous voulons être le numéro un du pays », confie à Africa Business+ l’homme d’affaires belgo-congolais George Forrest, administrateur de GoCongoHolding Belgium, qui cible l’élevage bovin et l’industrie agroalimentaire.
Le groupe est issu de la fusion, fin 2021, de l’entreprise d’élevage Grelka, appartenant à George Forrest, et de GoCongo Enterprises, fondé par l’entrepreneur Aziz Khabirpour.
Les investissements à venir de GoCongo Holding Belgium se feront sur fonds propres et sur fonds personnels avancés par George Forrest, et via des financements bancaires. « Aucune des deux entités fusionnées n’est endettée. Ce qui nous donne de la force et nous met en bonne position pour discuter avec les banques », dévoile Forrest en exclusivité. L’objectif est d’investir 30 à 40 millions $ en 2022, puis au moins ce montant chaque année pendant cinq ans. « Nous voulons être le numéro un de l’industrie agroalimentaire dans le pays. Le Congo n’est pas un pays minier au départ, c’est un pays agricole. Il faut que l’on revienne à cela et que l’on y redéveloppe l’agriculture », poursuit le chef d’entreprise né en 1940 à Lubumbashi.
GoCongo Holding Belgium a acquis fin mars, pour un montant tenu confidentiel, la société Pastorale du Haut-Lomami (PHL), numéro deux du secteur de l’élevage dans la région du Grand-Katanga. Cette transaction fait désormais du holding de Forrest le premier éleveur bovin du pays, avec 60 000 têtes d’un bétail « bio ». « Ils sont nourris à l’herbe et sans recours à des médicaments […]. Ce qui donne une viande d’une qualité exceptionnelle », s’enorgueillit George Forrest.
Dans la filière viande, le groupe revendique désormais 80 % du marché organisé RD congolais. La transformation se fait dans un abattoir industriel dont les capacités vont être augmentées. Un deuxième voire un troisième abattoir sont à l’étude. Chaque année, 5 000 têtes environ sont mises sur le marché, dans la région du Katanga, soit environ 1 750 tonnes de viande par an.
« Jusqu’alors, nous vendions beaucoup sur pied. Désormais nous allons vendre par quartiers, dans des conditionnements de 10 à 20 kilos, afin que la population puisse avoir accès plus facilement à la viande, avec des prix plus intéressants. Nous vendrons aussi des morceaux plus nobles pour la classe moyenne qui souhaite une autre qualité et de la charcuterie plus élaborée […]. Nous ne visons pas l’exportation, mais vraiment d’abord le marché local pour servir la population. J’y tiens personnellement », confie Forrest.
Le marché de la viande en RD Congo est peu concurrentiel. Les exportations de viande de la Zambie devraient bientôt s’y tarir en raison de la fin des subventions à la filière octroyées par le gouvernement de Lusaka.
Les activités d’élevage du groupe GoCongo Holding Belgium emploient désormais près de 1 300 personnes, auxquelles s’ajoutent 700 employés environ, travaillant dans les champs et les usines.
Outre le bétail et la chaîne de transformation de la viande, le portefeuille de GoCongo Holding Belgium comprend 800 000 hectares de terres arables, avec des plantations de maïs, de haricots verts, une minoterie, une biscuiterie, un réseau de boucheries, sous les bannières Kila Siku et Twiga pour les farines de blé et de maïs, Extra Bisco et Baby Food pour les biscuits, Frigo Congo pour la viande.
GoCongo Holding Belgium s’apprête par ailleurs à lancer une chaîne de fabrication de mayonnaise, alimentée par du colza planté localement.

« L’objectif dans la filière viande, comme dans nos autres filières agroalimentaires, est d’être autonomes, de ne plus importer aucune matière première ni intrants agricoles d’ici à cinq ans, de produire localement tout ce dont nous avons besoin. Planter du soja pour les tourteaux, du blé et du maïs pour utiliser les farines dans la fabrication de biscuits. C’est ainsi que nous pourrons proposer des produits bio de qualité et maintenir des prix abordables. Il s’agit d’approvisionner le grand Katanga, puis le reste du pays », indique l’homme d’affaires belgo-congolais.
GoCongo Holding Belgium vise aussi le développement de nouvelles filières, comme la papaïne, enzyme issue du papayer. Le groupe étudie ainsi une collaboration avec la société belge Floridienne, l’un des leaders mondiaux de la papaïne, afin de lancer des plantations de 2 000 à 3 000 hectares de papayers, pour en récolter le jus.
GoCongo Holding Belgium est détenu à 25 % par chacun des quatre actionnaires que sont George Forrest, Aziz et Ramin (père) Khabirpour et Kerten Pucks.
Le holding est géré par George Forrest et par son homme de confiance, Pierre Chevalier, conseil juridique et avocat de l’homme d’affaires au milieu des années 1990, par ailleurs aujourd’hui vice-président du groupe Forrest.
L’homme d’affaires belgo-congolais a laissé il y a plus de dix ans les commandes de l’empire familial Groupe Forrest International (GFI), une institution en RDC, à son fils aîné, Malta David Forrest. Il partage désormais son temps entre la Belgique et la RDC.
« Le groupe fête ses cent ans d’existence au Congo. Nous connaissons très bien le pays. Nous avons traversé toutes les étapes de sa construction sans jamais interrompre nos activités, quels qu’aient été les événements. Les gens respectent cela et ce que nous avons fait dans le Katanga, en créant des emplois, en construisant des écoles, des centres de formation, des hôpitaux. Excepté dans les mines, ils nous ont permis de rester et nous ont laissé travailler calmement », conclut George Forrest.
Couverture photo: élevage de bovins dans le Katanga, © GoCongo Holding Belgium


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