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La zone industrielle de Saldanha Bay entend devenir un hub majeur pour l’hydrogène vert et ses dérivés en Afrique du Sud.

Entretien avec Kaashifah Beukes, PDG de la Zone de développement industriel de la baie de Saldanha (SBIDZ), opérant sous le nom de Freeport Saldanha. Freeport Saldanha est le premier port franc d’Afrique du Sud, situé à environ 140 km au Nord de Cape Town, et dédié aux industries maritime, énergétique, logistique et d’ingénierie.

Kaashifah Beukes, CEO Freeport Saldanha

Quel est le montant total des investissements attendus dans ce hub pour l’hydrogène vert ? 

À ce stade, des ressources et des financements considérables provenant d’institutions financières et de développement sont orientés vers l’hydrogène vert, en partie en réponse à l’urgence climatique et stimulés par la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La baie de Saldanha est une plaque tournante et importante pour l’exportation de fer et de manganèse, et les navires doivent décarboner. Si ces navires peuvent fonctionner avec des dérivés de l’hydrogène, ils émettront moins de CO2 dans l’environnement.

L’Afrique du Sud a identifié un pipeline d’investissement de 300 milliards de rands dans le cadre du programme national sud-africain pour l’hydrogène vert (SAGHNP). Neuf projets d’hydrogène vert ont reçu le statut prioritaire, dont Freeport Saldanha. Les premiers projets d’hydrogène vert de l’Afrique du Sud doivent bénéficier du soutien d’environ 23 millions d’euros (410 millions de rands) sous forme de subventions de la Banque allemande de développement KfW. Ces subventions font partie de l’accord trouvé lors de la COP 27 par un groupe de partenaires internationaux pour débloquer au total 8,5 milliards $ en faveur de la transition énergétique juste en Afrique du Sud.

Quelle est l’échéance du projet ?

La vitesse est essentielle. Freeport Saldanha a besoin que les projets passent de la préfaisabilité à la faisabilité et à la clôture financière le plus rapidement possible. Nous avons donc besoin que le gouvernement et les institutions de financement du développement comme l’Industrial Development Corporation (IDC) permettent d’accélérer la mise en œuvre de ces projets le plus vite possible.

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a déclaré que le pays avait le potentiel de produire jusqu’à 13 millions de tonnes d’hydrogène vert et de dérivés par an d’ici 2050. Mais, pour ce faire, il faudrait entre 140 GW et 300 GW d’énergie renouvelable, ce qui représente une augmentation massive, dans un contexte où l’Afrique du Sud n’a acheté qu’environ 7 GW d’énergie éolienne et solaire depuis 2011. C’est une incitation énorme pour les carburants hydrogène.

Quels sont les partenariats envisagés ?

Il y a notamment l’aciérie d’ArcelorMittal Saldanha (AMSA), mise en veilleuse, qui doit être réactivée et transformée pour produire de l’acier « vert ». La production traditionnelle d’acier a une empreinte carbone massive, mais la conversion de l’usine à l’énergie hydrogène réduirait considérablement celle-ci. Sasol et AMSA ont signé un accord de développement de projet conjoint pour pour faire avancer deux projets, essentiels pour atteindre les objectifs d’émissions et explorer les principaux flux de produits durables. L’accord prévoit aussi d’explorer le potentiel d’exportation d’hydrogène et d’acier vert. Sasol et AMSA réuniront des partenaires stratégiques tout au long de la chaîne de valeur et d’autres acteurs clés qui conduiront l’industrialisation de la baie de Saldanha. Il s’agit notamment de clients potentiels, de bailleurs de fonds, d’investisseurs, de fournisseurs de technologie et de fournisseurs sud-africains d’énergie verte.

Qui sont les investisseurs privés réellement intéressés ? 

Freeport Saldanha entend drainer des facilités de financements mixtes pour mobiliser et obtenir plus de fonds de la part des partenaires aux premiers stades du développement. Les bailleurs veulent diversifier leurs risques, donc plus nous pouvons mutualiser ces ressources dans une diversité de projets d’hydrogène vert, plus nous pouvons attirer de fonds.

La clé est d’avoir une capacité d’exécution rapide, car ce sera le moyen le plus efficace de mobiliser davantage de fonds.

La Public Investment Corporation (PIC), entité publique sud-africaine, a récemment adopté une stratégie d’investissement dans l’hydrogène visant à libérer de la valeur par le financement et la fourniture de capitaux de démarrage pour le développement de la chaîne de valeur de l’hydrogène. La stratégie vise à tirer parti de plus de 200 projets d’hydrogène qui ont été annoncés dans le monde et des plus de 250 milliards de dollars (environ 4,3 billions de rands) nécessaires au développement d’une économie de l’hydrogène en Afrique du Sud.

Nous devons nous assurer que nous pouvons réduire les risques de certaines technologies, c’est pourquoi la subvention KfW est essentielle. L’IDC est très engagé dans le secteur, tout comme Development Bank South Africa (DBSA). L’IDC fournit un financement pour le développement de projets – un financement par capitaux propres si ces projets démarrent.

L’IDC cherche à voir également comment d’autres financements concessionnels et des subventions pourraient entrer dans le secteur pour débloquer ces opportunités, en particulier pour l’exportation d’ammoniac vert et d’hydrogène vert.

Les contrats d’exportation seront un catalyseur essentiel du financement. Cela impliquera de conclure avec certains acheteurs asiatiques et européens, qui paieront une prime pour un accès précoce à cette voie de décarbonation à long terme pour leurs marchés.

Plus nous montrons notre capacité à livrer de l’hydrogène vert, plus les capitaux mondiaux et locaux seront disponibles pour garantir la réalisation de toutes nos ambitions de transition.

Couverture photo: Freeport Saldanha © DR

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