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Confronté à l’absence de données pour optimiser parcours de soins et distribution de médicaments ou encore pour repérer les pathologies et les profils à risque, le secteur de la santé compte sur l’apport de la technologie. Objectif : trouver des combinaisons gagnantes.
Depuis quelques années, fleurissent des start-up médicales qui collectent, analysent et exploitent des millions d’informations grâce au big data et à l’intelligence artificielle. Ce chaînon essentiel qu’est la donnée, combiné aux technologies numériques et mobiles, a permis à ces start-up d’élaborer de nouveaux produits, qui offrent des modèles économiques enfin rentables.
Il s’agit notamment de services de micro-assurance santé adaptés aux patients, de services financiers et logistiques qui ont vocation à soutenir l’activité des praticiens, des cliniques privées et des pharmacies, à proposer des packages santé sur-mesure en matière de prévention et de prise en charge des femmes enceintes ou de personnes atteintes de maladies chroniques. Une évolution qui séduit des fonds d’investissement à la recherche d’une empreinte ESG [environnement, social et gouvernance] et prêts à s’aventurer dans le maquis des soins de santé.
Soutien de Sanofi, d’Axian Group, de Villgro Africa
« Exploiter et analyser les données pour améliorer les résultats et l’efficacité des soins devient de plus en plus important. Nous le constatons dans notre portefeuille, grâce à nos investissements dans Viebeg et Meditect », indique Uwem Uwemakpan, directeur des investissements pour le Seed Fund II de Launch Africa Ventures.
Spécialisé dans la digitalisation des pharmacies en Afrique francophone, Meditect a ainsi obtenu, au premier trimestre de 2024, un financement post-seed (à hauteur de 1 million de dollars) du capital-risqueur Launch Africa Ventures, installé à Maurice. Pour le fondateur de Meditect, Arnaud Pourredon, médecin de formation, le logiciel que sa société a développé permet de suivre la consommation de médicaments et, ainsi, de mieux anticiper et assurer le réassort des pharmacies.
Pour améliorer l’accès aux médicaments dans les zones isolées, la start-up tanzanienne Dawa Mkononi a, de son côté, créé une plateforme de e-commerce technologique. En vue d’une expansion en Tanzanie et dans les pays de la sous-région, elle a levé 2 millions de dollars, au début de 2024, avec le soutien d’investisseurs variés et de grands groupes panafricains et mondiaux comme Sanofi Global Health, Axian Group ou Villgro Africa. Dawa Mkononi a également conclu des partenariats avec Sanlam et Generics Group pour fournir une couverture d’assurance à sa clientèle.
Essor de l’intelligence artificielle
« La healthtech africaine a un avenir prometteur, mais sa rentabilité reste très variable. Par rapport à des secteurs mieux établis comme la fintech ou le commerce électronique, les technologies de la santé se heurtent à des obstacles réglementaires plus importants et la rentabilité est souvent plus longue à acquérir. Cela étant, le potentiel est immense. En Afrique, le marché de la santé devrait atteindre 259 milliards de dollars d’ici à 2030. Avec la hausse des investissements dans le secteur, la croissance de la classe moyenne, l’essor de l’intelligence artificielle et une plus large utilisation des smartphones, des solutions se profilent pour combler le retard dans l’accès aux soins, et en particulier à des soins de qualité », souligne Uwem Uwemakpan.
Les healthtech qui réussissent en Afrique ont plusieurs points communs : des patrons souvent eux-mêmes médecins ou pharmaciens, des partenariats de plus en plus nombreux avec des mastodontes du secteur assurance, un modèle économique qui joint capitaux-risqueurs, business angels et philanthropes, le recours massif à l’IA.
Micro-assurance santé au Kenya
Depuis sa création, en 2019, la jeune pousse kényane Ilara Health, que dirige Emilian Popa, a obtenu la confiance d’investisseurs de premier plan tels que DOB Equity, Angaza Capital, Boehringer Ingelheim, AAIC Investment, ainsi que de la Fondation Philips et de la Fondation Bill & Melinda Gates.
Spécialisée dans les technologies et les services financiers de santé, Ilara Health n’a cessé d’innover pour renforcer l’activité de son réseau partenaire – des petites cliniques privées au Kenya. Elle s’est ainsi lancée dans la micro-assurance santé, ciblant les employés à faibles revenus qui travaillent pour de grandes entreprises. Elle propose également des solutions pour financer le fonds de roulement des établissements de santé prometteurs, la fourniture de produits pharmaceutiques à crédit, des outils de diagnostic en leasing, le tout en optimisant les flux et la collecte de données grâce au numérique.
En outre, par le biais de sa plateforme numérique, Ilara Health retrace l’anamnèse des patients. Cela lui donne une vue d’ensemble de la santé financière des cliniques partenaires ainsi qu’une compréhension des maladies et pathologies courantes au Kenya tout en respectant le secret médical. Une véritable mine d’or, qui permettrait de consolider un écosystème de la santé encore balbutiant.
