Le TCX Fund tombe à pic

Les Afriques

En réponse à une carence des marchés en développement, liée au financement à long terme en monnaie locale, le Currency Exchange Fund vient de voir le jour et disposera d’une capacité initiale de 1,2 milliard de dollars. Sa recette : répartir les risques sur l’ensemble de la planète.

En partenariat avec une douzaine d’acteurs financiers mondiaux*, la Société néerlandaise pour le financement du développement FMO, a lancé le 5 septembre le Currency Exchange Fund (TCX), un fonds de change innovateur sur devises locales à destination des pays en développement et marchés émergents. Objectif : faciliter les prêts à long terme en monnaie locale en permettant la couverture du risque de change et de taux d’intérêts pour les investisseurs, actionnaires du fonds. Le TCX devrait notamment se focaliser sur le continent africain, là « où la carence du marché est plus grande qu’ailleurs », souligne Joost Zuidberg, directeur du TCX à la FMO.

En Afrique, comme dans d’autres régions en développement, les entreprises qui empruntent de l’argent sur les marchés internationaux ne peuvent le faire généralement qu’à court terme, en euros ou en dollars. Ces entreprises ou banques locales peuvent ainsi se retrouver vite fragilisées à la suite de crises financières ou de mouvements brusques des changes, si elles ne sont pas couvertes.

Concrètement, le fonds TCX permettra de transférer le risque de change en levant la charge pesant sur les acteurs locaux. « L’intérêt de TCX est de proposer une couverture du risque de change à un coût inférieur à une couverture individuelle, dans la mesure où on en trouverait une », indique Alain Dumuyter, directeur financier de BIO, Société belge pour les pays en développement.

Le TCX mettra à la disposition de ses actionnaires des dérivés classiques de devises et de taux d’intérêts : contrats à terme de gré à gré, contrats de garantie de taux d’intérêt et swaps. Pour la Banque africaine de développement (BAD), le swap de devises et d’intérêts pourrait notamment permettre de s’approvisionner en monnaies locales à rétrocéder lorsque l’émission d’obligations sur les marchés locaux est inapplicable ou moins rentable. « Nous disposons d’instruments pour des financements en monnaie locale. Pour cela, la BAD doit pouvoir emprunter sur les marchés locaux de capitaux. Aujourd’hui, seul le marché du rand en Afrique du Sud permet de mobiliser ces ressources en volume appréciable », explique Tim Turner, directeur du département du secteur privé à la BAD. En Afrique, les secteurs les plus à même d’être financés via ce mécanisme sont les activités générant des revenus en monnaie locale, à savoir la microfinance, le financement des PME, les infrastructures en eau et électricité, le logement. D’ores et déjà, la BAD entrevoit des opportunités en Tanzanie, Kenya, Ouganda, au Botswana, mais également en Egypte, en Tunisie et au Maroc, où la microfinance est bien implantée.

Répartir le risque

Le fonds TCX disposera d’une facilité opérationnelle initiale de 1,2 milliard de dollars. « En octobre, lors de la prochaine clôture, nous espérons lever d’autres fonds pour atteindre près de 2 milliards de dollars », indique Joost Zuidberg. « Nous sommes d’ailleurs en discussions avec Proparco, bras financier du groupe Agence française de développement, pour sa participation éventuelle au TCX », ajoute t-il. D’autres institutions ont manifesté leur intérêt : la Banque de développement inter-américaine (IDB), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque asiatique de développement (ADB). «Le TCX fonctionne sur un modèle qui encourage la diversification du portefeuille sur la base de swaps de devises. Ce fonds a besoin de maintenir un équilibre entre les grandes régions du monde que sont l’Asie, l’Europe de l’Est, l’Afrique et l’Amérique », explique Tim Turner. « Aussi, il est important de mobiliser le plus grand nombre de participants pour bénéficier de l’économie d’échelle », ajoute t-il.

Des études conduites par TCX montrent en effet que le risque lié à une diversification importante d’un portefeuille en termes de nombre de devise et de taux d’intérêt, mais aussi géographique, ne représente que 25% du risque d’un investissement opéré dans une seule de ces devises. En d’autres termes, une véritable diversification globale du risque se révèle plus efficace qu’une diversification régionale, plus particulièrement dans les conditions d’un marché sous tension.

* Participants au fonds TCX : FMO, ministère néerlandais des Affaires étrangères, ABN Amro, OikoCredit, Société belge pour les pays en développement (BIO), Banque de développement d’Afrique australe (DBSA), Banque africaine de développement (BAD), KfW (Allemagne), DEG (groupe KfW), Norfund (Norvège), IFU (Danemark), Cofides (Espagne).

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