Le boom du secteur automobile

Conjoncture

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Baptisé Hercule, le projet de Renault-Nissan table sur la production de 200 000 véhicules par an à l’horizon 2011, entraînant dans son sillage l’implantation d’équipementiers européens de premier rang. Les sous-traitants locaux regardent, eux, du côté de la Somaca, et s’inquiètent déjà de la montée de la concurrence.

 

Les autorités marocaines peuvent se frotter les mains. Grâce au projet industriel de l’Alliance Renault-Nissan à Tanger, baptisé Hercule, le développement automobile dans le pays passe à la vitesse supérieure. Situé dans la zone économique spéciale de Tanger Méditerranée, sur un terrain de 280 hectares, le nouveau complexe industriel table sur une capacité de production de 200 000 véhicules par an à l’horizon 2011, dont 90% destinés à l’exportation ; des véhicules des marques Renault et Nissan.  La capacité devrait ensuite doubler, chiffrant le total des investissements à près d’un milliard d’euros (600 millions pour la première tranche). A la clé : 6 000 emplois directs et 30 000 indirects.
Pour l’Alliance, des facilités diverses et des incitations fiscales et d’investissement ont été accordées : une ligne de chemin de fer dédiée, des accords portant sur la fourniture d’eau, de gaz et d’électricité, une concession située au niveau du port, etc. « Il s’agit de faire de la nouvelle usine, l’une des plus compétitives du groupe dans le monde », a indiqué Carlos Ghosn, son président, lors de l’annonce du projet en septembre dernier. Argument de poids en faveur du Maroc: le port de Tanger-Med et la création de zones franches comme TFZ et Meloussa, qui permettent au Royaume de devenir une plateforme industrielle de premier plan.
« Avec l’arrivée de Renault-Nissan, le Maroc a gagné beaucoup de temps sur les objectifs 2015 du plan émergence pour le secteur automobile (…) Cela change la donne », indique Abdelouahed Rahal, chef de service de l’industrie mécanique auprès du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies. L’idée était en effet de développer d’abord le tissu local des équipementiers pour approvisionner les 28 sites d’assemblages automobiles répartis entre l’Espagne, le Portugal et la France ; un marché de consommables estimé à 54 milliards d’euros, dont le Maroc espère en retirer 14 milliards. A partir de là, le Maroc pouvait parier sur la venue éventuelle d’un constructeur.
C’est chose faite, et avant même que l’industrie locale n’atteigne sa pleine maturité. Entériné en janvier par la signature d’un accord cadre avec le gouvernement marocain, le projet de l’Alliance devrait voir la pose de la première pierre à l’automne prochain, au terme d’une phase de fouilles géologiques et des travaux de terrassement. Les appels d’offres pour les achats fournisseurs devant être lancés prochainement.

Les équipementiers étrangers se positionnent

Dans son sillage, le projet Hercule attire de nouveaux équipementiers étrangers. Parallèlement, les acheteurs automobiles européens déjà présents renforcent leur approvisionnement auprès du Maroc. Dans le cadre de sa stratégie de Global Sourcing, le constructeur français PSA Peugeot Citroën a fait part de son intention d’augmenter ses achats en pièces automobiles dans le Royaume. Des achats qui se montaient à 280 millions d’euros fin 2007. Récemment, Faurecia, filiale de PSA, a décidé d’investir 115 millions de dirhams (environ 10 millions d’euros) dans une usine à Kenitra pour la production de sièges automobiles. Choix motivé afin d’éviter le turnover qui pourrait survenir à Tanger. Outre les sièges automobiles, Faurecia fournit des systèmes d’échappement, des tableaux de bord et des panneaux de portes à la plupart des grands constructeurs automobiles mondiaux. Par ailleurs, le Français Valeo a annoncé le doublement de sa capacité de production, tandis que l’Américain Delphi envisage l’installation d’une nouvelle unité dans la zone franche de Tanger. Les équipementiers espagnols et portugais se positionnent également. Les besoins ? Ils concernent la plasturgie, l’emboutissage, la fonderie, également la fabrication de phares, de blocs climatiseurs ou de radiateurs aluminium. Le Maroc détient déjà une activité importante pour la fabrication de faisceaux électriques, de chemises, de plaquettes de freins, de coiffes, d’articles en plastique et caoutchouc. Et près de la moitié des sociétés existantes sont des filiales de grands donneurs d’ordre internationaux ou des sociétés à capitaux mixtes, marocains et étrangers.
« Depuis l’annonce, en septembre, de la signature du protocole d’accord Renault-Nissan à Tanger, l’Amica reçoit régulièrement des délégations françaises, espagnoles, allemandes. Le salon Tech Auto, en novembre, a attiré presque 200 équipementiers et constructeurs européens. Au total, la fréquentation des professionnels a augmenté de 60% », souligne Larbi Belarbi, Président de l’Amica (Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile) et Président directeur général de la Somaca (Société marocaine de constructions automobiles). « Pour le secteur automobile, les retombées devraient se traduire par une croissance annuelle de 35% entre 2011 et 2014 », prévient Larbi Belarbi.

Inquiétudes du côté des sous-traitants locaux

Mais, du côté des sous-traitants locaux, si l’arrivée de Renault-Nissan est une bonne nouvelle, elle correspond aussi à une conjoncture de plus en plus difficile où des efforts très importants sont demandés pour réduire les coûts. Et face à la concurrence étrangère, il n’est pas toujours aisé de s’aligner. « Dans notre métier, nous importons la matière première, la feuille de verre float, avec des coûts de transport importants (…) Par ailleurs le coût de l’énergie au Maroc est très cher», explique Rachid Abdelmoumen, directeur général d’Induver, spécialisée dans la fabrication de vitrages pour le BTP et l’industrie automobile. Cette dernière représente 60% de ses activités, dont une grande partie à l’exportation pour la France et comme fournisseur de la Somaca au Maroc. Induver, qui a enregistré, en 2007, un chiffre d’affaires de 140 millions de dirhams, connaît une croissance annuelle de 20% en moyenne depuis 4 ans. Malgré la concurrence, les perspectives sont bonnes. Induver prévoit de doubler sa capacité de production de pare-brise pour équiper 200 000 véhicules d’ici la fin de l’année, grâce à un investissement de 17 millions de dirhams.  « Sur le marché marocain de première monte, les constructeurs sont en train de tirer les prix au plus bas (…) Il serait dommage que les nouveaux développements dans l’industrie automobile ne profitent pas aux équipementiers locaux », avertit toutefois le directeur d’Induver. Pour le responsable d’une autre société, il  est à craindre que les sous-traitants locaux ne soient pas assez compétitifs face à l’implantation de nouveaux grands équipementiers ou face à l’importation de composants et pièces automobiles importés d’Europe, de Tunisie, etc. Le taux d’intégration locale de la future usine devrait s’élever à 50% maximum ; les moteurs venant de l’étranger. Et si l’on considère le taux d’intégration en profondeur, c’est à dire sur l’ensemble de la chaîne de production d’un élément, ce taux chute vertigineusement. Ainsi, par exemple, si les coiffes de sièges automobiles sont fabriquées au Maroc, le tissu « technique » reste importé. En cause, l’absence des matériaux et de technologies appropriés.
Pour Mustapha Laghrari, directeur général de Tuyauto, société spécialisée dans l’échappement, « aucune des entreprises marocaines n’a la taille pour faire face directement aux enjeux d’un projet tel que celui là (…) Car dans ce type de projet, la relation entre les constructeurs et les équipementiers de premier rang ne couvre pas seulement l’aspect production, mais également l’aspect conception-développement du produit ».

Quel avenir ?

Les perspectives ? Ce sera sans doute d’établir des partenariats avec les équipementiers de premier rang, sans négliger la montée en puissance annoncée de la Somaca, filiale du groupe Renault au Maroc depuis 2004 pour l’assemblage des Logan et Kangoo. Pour Tuyauto, la part du chiffre d’affaires réalisé avec la Somaca s’accroît rapidement et devrait passer à 50% fin 2008, contre 30% en 2007. Pour 2008, la société d’échappement prévoit un chiffre d’affaires en hausse de 60% à 8 millions d’euros.
Pour la première fois en 2007, la Somaca a exporté une partie de ses Logan vers l’Europe, tandis que sa production s’est établie autour de 40 000 véhicules fin 2007. Son objectif : parvenir à 100 000 véhicules à l’horizon 2010. Dans cette optique, nombre de sous-traitants locaux investissent.
Néanmoins, plusieurs questions demeurent en suspens. La Somaca parviendra t-elle à gagner suffisamment en productivité pour maintenir son activité à Casablanca ? Les mastodontes installés à Tanger pour livrer le complexe Renault-Nissan ne seront-ils pas amenés à livrer aussi la Somaca, évinçant les sous-traitants locaux du panel Somaca ? A moins que d’autres constructeurs étrangers, indiens ou chinois, ne se décident pour le Maroc.

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