Une éducation à refaire

Jeune Afrique

Le Maroc revient de loin ! Dans le domaine de l’éducation, si les indicateurs s’améliorent, et consacrent la quasi-généralisation de l’accès à l’enseignement primaire, pour les filles et les garçons, les défis à relever restent de taille. En termes d’équité, de qualité ou d’efficacité de l’éducation dans la zone Mena, le Maroc est à la traîne, indique la Banque mondiale, dans son dernier rapport sur la réforme de l’éducation dans la région. Le Royaume y est classé 11ème sur 14.

Pour le Conseil supérieur de l’enseignement au Maroc, le bilan  de la réforme lancée en 2000 est mitigé. Oui, l’accès à l’enseignement s’est démocratisé et les disparités entre zones urbaines et rurales se sont estompées. Au niveau du secondaire, l’amélioration est spectaculaire dans les collèges en milieu urbain. Mais les dysfonctionnements demeurent et cachent mal la mauvaise qualité de l’enseignement au Maroc. Les taux de redoublement et d’abandon sont importants. Ils sont 70% des élèves d’une même cohorte à terminer effectivement leur cycle primaire, dont 37% sans redoublement. Et seuls 13% des élèves de cette même cohorte parviendront à obtenir leur diplôme de baccalauréat.

« Aux conditions économiques difficiles des familles, facteur classique d’abandon du système éducatif, on peut mentionner une certaine déficience au niveau de la qualité des apprentissages et plus généralement la crise de l’école, qui n’est plus perçue comme un vecteur de mobilité sociale ou garante d’une intégration professionnelle », explique Sobhi Tawil, spécialiste du programme éducation pour la région Maghreb auprès de l’Unesco à Rabat. Et puis, il y a les enseignants, mal formés, mal payés, démotivés et peu reconnus socialement.

Dans la presse marocaine francophone et parmi les dirigeants d’entreprises, le débat sur l’arabisation de l’enseignement fait rage. Le système actuel veut que l’enseignement dans le primaire et le secondaire soit dispensé en arabe. Un système déconnecté des réalités économiques et du marché de l’emploi local, tandis que le tourisme ou les secteurs clés du plan Emergence, aéronautique, automobile, offshoring, qui jouent la carte de la mondialisation, recrutent à tour de bras. Un système critiqué pour sa piètre qualité et son incohérence avec le cycle de l’enseignement supérieur. Dans l’Oriental, « près de la moitié des étudiants lauréats du baccalauréat en sciences expérimentales poursuivent dans les filières droit, économie et lettres, pour lesquelles l’enseignement est dispensé en arabe, car ne peuvent pas suivre les cours en français de la faculté de sciences », explique ainsi Mohamed el Farissi, président de l’université d’Oujda.

Paradoxalement, cette question des langues, cruciale car au cœur du processus d’apprentissage, n’est pas abordée frontalement par la réforme. Terrain sensible. Les logiques culturelles, identitaires, idéologiques, politiques, pédagogiques s’affrontent. En attendant, le débat au niveau national n’a pas lieu. Les écoles privées marocaines et la mission française continuent, elles, de former les enfants des élites et classes aisées marocaines.

Aujourd’hui, le Maroc consacre près de 25% de son budget à l’éducation. Ce qui est  déjà beaucoup. La marge de manœuvre est étroite. « Difficile pour le Maroc de mobiliser encore plus de financements publics. Se pose donc la question du financement privé et d’impliquer davantage les collectivités locales», souligne Sobhi Tawil. Se pose aussi la question de l’équité. L’objectif est d’augmenter la part de l’enseignement privé à 20% contre 7,1% actuellement.

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