Le groupe Sahyoun: success story familiale

African Business

En soixante ans, le groupe Sahyoun s’est imposé au Maroc et en Afrique, dans les métiers du génie civil portuaire, mais également dans la fabrication d’équipements d’assainissement et la commercialisation de camions. A sa tête, Rizkallah Riad Sahyoun, d’origine palestinienne. Le groupe pèse aujourd’hui quelque 1,1 milliard de dirhams de chiffre d’affaires.

A 85 ans, Rizkallah Riad Sahyoun, président du conseil de surveillance du groupe familial marocain Somagec (Société maghrébine de génie civil), n’a rien perdu de sa vivacité. Humble et discret, il reçoit ses visiteurs dans un bureau modeste, au siège de la société à Ain Sebaa, dans la banlieue industrielle de Casablanca. « Vous voyez cette chaise de cuisine ? Je pourrais être assis dans un fauteuil bien confortable comme tous ces grands dirigeants d’entreprises. Et bien, c’est pour me rappeler une jeunesse pauvre que je n’ai pas le droit d’oublier. Pour que les autres aussi se souviennent qu’on ne nait pas avec des lauriers », lance t-il, pétillant et frondeur.

Fin avril, le fondateur de Somagec s’est vu remettre le trophée de la coopération Sud-Sud par le groupe bancaire marocain Attijariwafa bank. Cette récompense octroyée dans le cadre de la première édition du forum Afrique Développement valorise le dynamisme régional d’entreprises africaines. Au Maroc, Somagec est leader des infrastructures portuaires et maritimes. La société fait partie notamment du groupement en charge de la construction du port de Tanger Med II aux côtés de Bouygues et Besix. Elle a décroché également le projet d’aménagement de la lagune de Marchica à Nador. Marina de Casablanca, port militaire de Ksar Sghir, réaménagement de la vallée du Bouregreg, mosquée Hassan II, station balnéaire de Mazagan, parc éolien de Tanger, etc. : Somagec est impliquée dans les plus grands chantiers du pays.

Dans le royaume, le groupe Sahyoun, ce sont également les sociétés Mecomar (leader dans la fabrication des équipements d’assainissement solide et liquide), Riad Motor Holding (exploite en exclusivité sur toute l’Afrique la marque chinoise de camions et véhicules utilitaires Cinotruk) et TPM (spécialisée dans la sous-traitance du transport). Sur le continent, Somagec Guinée, dirigée par l’un des trois enfants Sahyoun, Roger, est très active depuis 2005 dans la construction des ports de Malabo, Kogo et Annobon. Le groupe Sahyoun intervient plus largement en Afrique de l’Ouest, au Sénégal notamment.

D’une grande humilité, Rizkallah Riad Sahyoun rend hommage à sa famille, son épouse d’origine sicilienne, ses trois enfants et dix petits enfants et arrière petit enfant : « Ce sont eux qui ont fait le plus (…) Beaucoup disent que les sociétés familiales sont faites pour ne pas tenir. Nous, on a montré le contraire ».

Créé il y a 60 ans, le groupe pèse aujourd’hui quelques 1,1 milliards de dirhams de chiffre d’affaires (983 millions d’euros). « J’ai démarré à 25 ans, avec 25 000 dirhams. Aujourd’hui, le groupe a parmi les plus gros capitaux du Maroc, il compte 300 millions de dirhams d’actifs, raconte le petit homme. Nous sommes une entreprise totalement familiale et il n’est pas question d’aller en bourse. Nous n’avons pas besoin de lever des fonds (…) Vous voyez la porte de ce bureau ? Elle est toujours ouverte. Les décisions se prennent très rapidement, inutile de réunir un conseil d’administration ».

Avec les sous-traitants, Somagec au Maroc fait travailler 4 500 personnes. Mecomar, RMH, TPM emploient au total près de 850 personnes. En Guinée, l’entité sœur de Somagec compte quelques 2 500 employés et un chiffre d’affaires quatre fois supérieur à Somagec Maroc. Une belle réussite, même si Riad Sahyoun s’en défend. Et une revanche à prendre sur une jeunesse faite de privations et d’humiliations.

Arabe chrétien d’origine palestinienne, profondément croyant, Rizkallah Riad Sahyoun a six mois à peine, lorsque son père vient s’installer au Maroc, à quelques kilomètres de Casablanca. Nous sommes en 1925. Le père travaille comme forestier. Il décèdera dans un accident cinq ans plus tard, laissant la famille complètement démunie. Devenu jeune homme, Rizkallah Riad, sans diplôme, travaillera trois ans comme employé, avant de se lancer à son propre compte. « On ne me laissait pas ma chance. A l’époque, si vous n’étiez pas Français, Européen, c’était difficile de percer, de se faire valoir », raconte t-il.

Auprès de ses beaux frères italiens, chaudronniers, il apprend la ferronnerie, travaille bien et se retrouve rapidement à la tête de quatre ateliers dans la région de Casablanca. Il apprend plus tard le génie civil et créé Somagec. Quinze heures de travail par jour, sept jours sur sept, l’attention portée aux clients et un tempérament bien trempé feront le reste. « En 60 ans, je n’ai pris qu’une semaine de congés. Ce fut pour aller visiter la ville natale de mon épouse, en Sicile », s’amuse t-il.

L’entreprise, déjà prospère, connaitra un coup d’accélérateur, avec l’entrée en 1972 du fils Roger, diplômé de l’école d’ingénieurs ESTP (Ecole spéciale des travaux publics). Puis vient la création de Mecomar au milieu des années 90. Riad Motors verra le jour en 2007. « Il fallait à ces sociétés des camions pour vendre les équipements. On ne trouvait pas notre compte avec les vendeurs de l’époque. Alors on est allé en Chine pour y faire monter nos propres camions, indique Riad Sahyoun. « Nous avons créé ensuite TPM, société de transport, puis une société d’assurances. Bref, aujourd’hui, nous sommes tout à fait autonome », se réjouit le fondateur.

Féru de poésie, Rizkallah Riad Sahyoun a reçu il y a quelques années plus tard un grand prix de la ville de Bordeaux pour ses écrits. « Je dois à la France toute ma culture, je lui dois aussi toutes mes larmes, pour avoir été traité de sale bicot, de sale arabe toute ma jeunesse », confesse t-il. Citant des vers du poète romantique Alfred de Musset, l’octogénaire, aujourd’hui courtisé par les financiers de la place, reste peu sensible aux honneurs et à la flatterie : « Il n’y a pas de réussite, pas de grandeur, s’il n’y a pas de sentiments humains », aime t-il à rappeler.

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