Un million de Marocains bénéficient du microcrédit

La Croix

microcrédit

Coopérative d’argan (photo C. Marot)

Lancé il y a dix ans, le secteur a connu une croissance spectaculaire, mais est entré en phase de consolidation pour cause de surendettement des ménages.

Esquissant un sourire, Hadda Laissaoui, 48 ans, djellaba et foulard vert délicatement brodés, l’admet bien volontiers : « Le microcrédit a changé ma vie ». Cette mère de quatre enfants, mariée à un marchand ambulant de Meknès, est à la tête d’une petite entreprise de couture, montée il y a quatre ans. Les commandes affluent de toute la ville. Et pour faire face, Hadda chapeaute une vingtaine de jeunes filles qui travaillent en sous-traitance.

Trop pauvre, jugée non solvable par les banques « classiques », Hadda a trouvé son salut dans la Fondation Banque populaire pour le microcrédit (FBPMC), l’une des quatre plus importantes institutions du genre au Maroc. Le coup de pouce est venu avec un premier prêt solidaire de 5 000 dirhams (445 euros), utilisé pour acheter des fournitures, des tissus et du fil. De quoi se lancer véritablement. Un second crédit de 10 000 dirhams (890 euros), puis un troisième de 20 000 dirhams (1780 euros) vont suivre. Dans cette aventure, Hadda n’est pas seule. Trois autres femmes de son quartier, également bénéficiaires, se sont portées caution en cas de défaillance.

Pour la micro entrepreneuse marocaine, désormais propriétaire d’une sobre maison, restaurée dans l’ancienne médina de Meknès, le quotidien a bien changé. Son revenu est passé de 100 à 250 euros par mois. Elle fait des économies, « afin d’accompagner la scolarité de ses deux plus jeunes garçons et pour payer les médicaments », explique t-elle doucement. Elle rêve aujourd’hui d’acheter un local pour commercialiser ses produits et aider ses ainés à prendre la relève.

Au Maroc, près d’un million de personnes (environ 15% des ménages) bénéficient du microcrédit. 64% sont en milieu urbain, des femmes en grande majorité. Avec 4,84 milliards de dirhams d’encours à fin juin 2010 (431 millions d’euros), le secteur de la microfinance représente 40% des encours de la région Afrique du Nord et Moyen Orient (Mena).

Selon le magazine Forbes, en 2009, quatre des douze associations de microcrédit actives au Maroc figuraient dans le top 30 des institutions les plus performantes au monde. Une réussite singulière, en dix ans, saluée et appuyée par les bailleurs de fonds. Depuis 2005, l’Agence française de développement (AFD) appuie le secteur, à travers l’octroi de prêts très concessionnels et la participation à la création du fonds Jaïda, un fonds dédié au refinancement des associations. Au total, près de 42 millions d’euros ont été engagés.

Si le Maroc reste un modèle, depuis deux ans, la machine semble pourtant s’être enrayée. Le nombre de clients servis par le microcrédit a fortement chuté (-28% entre 2008 et 2009). Une baisse qui s’explique par l’élimination des mauvais payeurs. Mais le contexte reste marqué par une forte montée des incidents de paiement, notamment au sein des petites institutions de microfinance. A l’origine : le surendettement des ménages, occasionné par les crédits croisés, c’est à dire le recours à plusieurs associations par un même emprunteur. « Les raisons de cette crise sont quasi similaires à celles qui ont donné lieu aux première crises du microcrédit en Amérique Latine. Elles sont liées à la croissance non maîtrisée du portefeuille des actifs, à l’absence d’instruments efficaces de gestion des risques et au dépassement des capacités institutionnelles de certaines institutions de microfinance », analyse Mohamed Maârouf, directeur exécutif de Planet Finance Maghreb.

Aujourd’hui, une vaste campagne d’assainissement est en cours. En difficultés financières, Zakoura, l’une des associations leaders du pays, a disparu du paysage en juin dernier, absorbée par la FBPMC, deux fois moins importante. De son côté, la Banque centrale a exigé la mise en place d’une centrale des risques. Résultat : la part des clients ayant contracté des prêts multiples est passée de 39% à l’automne 2008, à 29% un an plus tard. Le débat sur la transformation de ces institutions se poursuit par ailleurs. Elles sont plusieurs à plaider pour un nouveau statut afin d’offrir une gamme de produits plus étendue (assurance par exemple) et répondre aux besoins des très petites entreprises (mésofinance).

« Le secteur connaît une crise de croissance structurelle, une période de consolidation nécessaire, reconnait Manal Lamkas, chargée d’affaires secteur privé et microfinance pour le groupe AFD-Proparco. Mais les associations marocaines ont fait du chemin, sur la question de la gouvernance en particulier. Elles sont plus vigilantes ». Pour les plus petites, la question de l’avenir se fait pressante. Pour faire face aux nouvelles règles prudentielles, comme la hausse des fonds propres, devront elles se regrouper, fusionner ? Très proches des populations, ces petites associations sont un levier puissant pour combattre la pauvreté. Crise de croissance mal digérée, certes. Reste que « le microcrédit a encore de beaux jours devant lui », estime Manal Lamkas. « La demande potentielle est estimée à 5 millions de personnes », confirme Mohamed Maârouf.

Au Maroc, le taux de bancarisation atteint 45% seulement. Dans le même temps, les institutions bancaires classiques tentent de séduire les couches les plus pauvres, en développant le « low income banking » (la banque pour les faibles revenus).

 

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