Au Maroc, un référendum dans la précipitation

La Croix

Organisé en quinze jours seulement, le vote laisse de nombreux observateurs sceptiques. L’essentiel de l’opposition extraparlementaire appelle au boycott.

Treize millions d’électeurs au Maroc doivent dire aujourd’hui s’ils approuvent ou non le projet de Constitution proposé le 17 juin par le roi Mohammed VI. Ce texte doit renforcer le rôle du premier ministre, tout en conservant au roi la haute main sur les pouvoirs politiques et religieux. Les 3,8 millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) auront, eux, jusqu’à dimanche soir pour s’exprimer, alors que les premiers résultats tomberont samedi. Le scrutin, organisé dans certains ports européens pour faciliter le vote de ceux qui ont pris la route des vacances pour le Maroc, suscite déjà des polémiques. Ces bureaux de vote « mobiles » font craindre des fraudes.

Organisé en quinze jours seulement, ce référendum laisse de nombreux observateurs sceptiques. « Ce qui m’interpelle, c’est la précipitation dans laquelle le scrutin est organisé. Les Marocains ont-ils lu ce pour quoi ils vont voter ? Y a-t-il eu réellement campagne d’informations, débats contradictoires ? », demande Jean Zaganiaris, politologue au Centre de recherche sur l’Afrique et la Méditerranée (Ceram), rattaché à l’École de gouvernance et d’économie de Rabat.

« Si la victoire du “oui” ne fait guère de doute, en même temps, les Marocains ne sont pas dupes de la propagande organisée autour de ce référendum », estime le chercheur.

« J’ai fait des études supérieures. Mais, je reconnais que j’ai du mal à comprendre le sens et la portée de certains articles », admet perplexe, Leila, jeune architecte à Casablanca.

Depuis une dizaine de jours, des dépliants du ministère de l’intérieur vantant le « grand tournant démocratique du Maroc » remplissent les journaux ou sont distribués aux péages d’autoroutes pour exhorter la population à se rendre aux urnes. Des associations de MRE fleurissent sur le Web, appelant à voter « oui ». « Ces associations opportunistes n’ont aucune légitimité », souligne Jamal Belahrach, président du Réseau international de la diaspora marocaine (RIDM) à Casablanca.

Le rabattage s’organise jusque dans les quartiers populaires. « Si je ne vote pas “oui” à la Constitution, c’est que je suis contre le roi », croit comprendre Aicha, après avoir échangé quelques mots avec le responsable du bureau de vote près de chez elle à Oulfa, un quartier de Casablanca. « Les taxis blancs sillonnent les rues en klaxonnant, avec des photos du roi. Ils disent d’aller voter “oui”. Ils n’ont pas besoin de travailler ? », s’étonne cette employée de maison. Des chauffeurs de taxi vraisemblablement payés pour répandre la bonne parole. Comme l’auraient été les jeunes partisans du roi, passablement excités, cherchant à en découdre avec les opposants du 20 février, le week-end suivant l’annonce du référendum.

Le débat autour de la Constitution ? Une mascarade, selon l’opposition extraparlementaire. Le Mouvement du 20 février et le mouvement Justice et Bienfaisance (Al-Adl-Wal-Ihsane) appellent au boycott, tout comme l’essentiel de la Coalition pour une monarchie parlementaire maintenant, qui regroupe notamment le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique socialiste (PADS), le Congrès national ittihadi (CNI) et la Confédération démocratique du travail (CDT, syndicat). La Coalition dénonce la partialité des médias officiels, la propagande véhiculée par les prêcheurs du vendredi ou encore les financements publics énormes au profit des partis qui adhèrent au projet.

Craignant les irrégularités, le collectif Mamfakinch (« pas de concessions », en arabe) appelle ses militants à aller observer les opérations de vote dans les zones rurales, où le risque de « transports groupés de votants » est le plus important. Pour être crédible, le pouvoir marocain a en effet besoin d’un taux de participation significatif.

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