« Le 20 Février, un changement sociétal »

Econostrum

Plus de deux mois après l’approbation par référendum d’une nouvelle Constitution, le mouvement du 20 Février est de retour dans la rue.

Après la trêve estivale, des milliers de manifestants ont défilé dans les quartiers populaires de plusieurs grandes villes du royaume. Porté par une poignée d’irréductibles, le mouvement semble s’essouffler, tandis que se profilent des élections législatives anticipées, programmées le 25 novembre prochain.

« Il y aura un avant et un après le 20 Février », affirme Omar Balafrej, président de la Fondation Abderrahim Bouabid. « C’est un changement sociétal. Une partie de la jeunesse, même si elle reste minoritaire, est sortie dans la rue pour dire non, tout ne va pas si bien, contrairement à ce que le pouvoir marocain laisse entendre. Elle s’est levée pour prendre son destin en main. Cette jeunesse, issue essentiellement de la classe moyenne, ne veut pas émigrer, mais changer les choses de l’intérieur (…) C’est quelque chose d’assez extraordinaire, quand on connaît la dépolitisation de la vie marocaine ces dix dernières années », analyse le militant.

Le mur de la peur est tombé. Depuis, la contestation sociale s’amplifie. Pour calmer les revendications, le gouvernement marocain a accepté de revaloriser les salaires des fonctionnaires et de recruter plusieurs milliers de diplômés chômeurs. Dans le même temps, les dépenses de compensation, destinées à contenir le prix des denrées de base, ont explosé. Elles devraient atteindre 45 milliards de MAD à la fin de l’année 2011 (3,9 milliards €), soit une hausse de 50%.

Dans ce contexte, l’élaboration de la loi de finances 2012 est un casse tête, rendu plus ardu encore par les turbulences de la zone Euro et la crainte d’une récession économique mondiale.

Le tourisme a souffert du printemps arabe. La bourse de Casablanca est en recul, de plus de 8,5% depuis le début de l’année. De leur côté, les investissements directs étrangers ont baissé de 13,8% à 10, 82 milliards de MAD (950 millions €), entre janvier et juillet 2011.

Pour autant, la croissance marocaine reste soutenue, grâce au boom des phosphates et à une pluviométrie favorable. Elle devrait s’établir à 4,5% en 2011.

« Mais que se passera t-il en cas de sécheresse ou si le Maroc subit à son tour la crise ? », interroge Omar Balafrej. « Malgré le 20 Février et le vote de la nouvelle Constitution, sur le fond, la classe politique et les élites n’ont pas pris pleinement la mesure des problèmes. Le Maroc connaît trop d’inégalités et d’injustices sociales. Et comme la classe politique actuelle n’est pas légitime, qu’elle a perdu la confiance des Marocains, le risque d’affrontements plus durs existe (…) On entend des revendications aujourd’hui qui ne sont pas tenables et montrent à quel point le désarroi est grand chez certains ».

A la rentrée, le gouvernement d’Abbas El Fassi a remis sur le tapis le projet de création d’une indemnité pour perte d’emploi, un dossier évoqué pour la première fois en 2004. La création d’un impôt sur la fortune est par ailleurs évoquée. Sur fond de campagne électorale, ces promesses laissent rêveur.

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