La génétique paysagère pour vaincre la mouche tsé-tsé

Scidev

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Crédit image: Flickr/Chmoss

Les chercheurs du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) ont annoncé avoir mis au point une approche novatrice pour éradiquer la mouche tsé-tsé (ou glossine) en couplant génétique et analyse d’images satellite.

Les travaux conduits par le CIRAD, en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont porté sur quatre pays d’Afrique de l’ouest (Burkina-Faso, Mali, Guinée et Sénégal), soit 80 à 90% de l’aire de répartition de l’espèce de mouche ciblée : le Glossina palpalis gambiensis.

Résultat de huit années de travaux, la méthode est basée sur le concept de « génétique paysagère ». Les chercheurs ont ainsi établi une « carte de friction » révélant les connections entre les différentes populations de tsé-tsé et déterminant les populations isolées.

Jusqu’à présent, les campagnes d’éradication classiques ont été peu efficaces car, elles visaient des populations pas totalement isolées les unes des autres. Conséquence : les zones nettoyées étaient progressivement réinfestées par les tsé-tsé des régions voisines.

« A partir d’images satellite, nous avons trouvé un moyen innovant pour quantifier les flux de gènes, mais aussi pour cartographier la résistance du paysage au déplacement des glossines, c’est à dire les  barrières naturelles. Cela a permis de détecter les populations de mouches isolées au nord de la ceinture glossinienne d’Afrique de l’Ouest. En éradiquant cette population cible, on empêche toute recolonisation de la zone libérée. Car les autres glossines sauvages sont trop éloignées et le paysage ne permet pas le franchissement », précise Jérémy Bouyer, chercheur au CIRAD.

Concrètement, pour parvenir à une éradication définitive, des mâles rendus stériles après avoir été irradiés sont relâchés dans la nature. Ainsi, malgré l’accouplement, les mouches femelles ne peuvent plus avoir de descendance. Cette technique de valorisation pacifique du nucléaire est développée par l’AIEA en lien avec la FAO.

« L’AIEA apporte un appui technique au Sénégal. Nous avons ainsi développé un protocole sécurisé pour acheminer du Burkina Faso des mâles stériles de qualité optimale jusque dans la région des Niayes. Le Sénégal n’a pas souhaité développer d’élevage de mâles ; car à l’opposé du Burkina Faso, il ne dispose pas d’irradiateur », indique Marc Vreysen, responsable du département insecte de la division conjointe FAO-AIEA.

Après l’Afrique de l’ouest, l’Ethiopie et l’Angola devraient bénéficier de cette nouvelle approche de génétique paysagère dans le cadre de la campagne panafricaine d’éradication de la mouche tsé-tsé et de la trypanosomiase (PATTEC), lancée par l’Union africaine.

Reste que malgré l’efficacité du procédé, l’éradication définitive de la glossine du continent africain est difficilement envisageable ; à cause des questions de coûts, mais aussi de la difficulté d’actions coordonnées au niveau du continent.

Au Sénégal, dans la région des Niayes, le coût pour traiter la zone infestée sur 1 000 km² se monte par exemple à 6,4 millions d’euros (plus de 4,19 milliards de FCFA).

En retour, le CIRAD estime que la disparition de la trypanosomiase (autre nom de la maladie du sommeil) rapportera 2,8 millions d’euros (1,83 milliard de FCFA) par an aux éleveurs.

« Dans certaines régions d’Afrique, cela coûte beaucoup plus cher d’éradiquer que de vivre avec la maladie à minima, c’est à dire en luttant pour parvenir à un seuil compatible avec la production. Nous allons donc distinguer deux types de situations : les zones rentables d’éradication en raison de l’isolement des populations de mouches tsé-tsé et les autres où l’on devra vivre et produire avec la maladie », souligne Jérémy Bouyer.

A l’échelle du continent, l’éradication totale de la maladie supposerait une coordination complète entre les pays mitoyens et des actions politiques concertées. Ce qui n’est pas le cas pour le moment…

Cette approche associant génétique et images satellitaires pourra être appliquée au ciblage d’autres vecteurs de maladies (moustiques ou insectes ravageurs de cultures), ainsi qu’à la conservation des espèces menacées. « Si on empêche les individus de passer, au bout d’un certain temps, les populations s’éteignent car il n’y a plus de flux de gènes. Cette méthode peut donc aussi bien être utilisée pour la lutte que pour la conservation d’espèces menacées en paysages fragmentés », relève le chercheur du CIRAD.

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