Les entreprises de santé peuvent compter sur les financiers

Jeune Afrique

 

CFAO ABIDJAN

Clinique Nest au Sénégal (Photo J. Bardeletti. Les Grands Moyens avec I&P)

 

Les établissements privés suscitent l’intérêt des capital-investisseurs. I&P, Africinvest et l’IFC, entre autres, misent sur ce domaine en plein développement.

Depuis cinq ans, les fonds de capital-investissement lorgnent du côté des cliniques privées, des distributeurs pharmaceutiques et des équipementiers médicaux. L’amélioration du niveau de vie, l’émergence d’une classe moyenne urbaine, le développement de la couverture maladie et des assurances, mais aussi une demande grandissante pour des soins de qualité expliquent cet intérêt grandissant pour le secteur de la santé. D’autant que l’offre n’est pas à la hauteur. Entre des cliniques privées trop onéreuses et les structures publiques dont la qualité de service est déficiente, il y a besoin d’une offre intermédiaire, standardisée, de qualité abordable. Parallèlement, nombre de médecins et de pharmaciens, formés à l’étranger, manifestent l’envie d’entreprendre. « On voit de plus en plus de praticiens se regrouper pour essayer de créer des centres de soins et des cliniques (…) Nous sommes approchés par des entrepreneurs, qui cherchent du financement de long terme, en fonds propres, pour faire passer une étape à leur entreprise », souligne Jérémy Hajdenberg, directeur général adjoint chez Investisseurs & Partenaires. Le secteur de la santé en Afrique recueille près de 20% des investissements de I&P. Bien que minoritaire, I&P se veut un partenaire stratégique, participant à la gouvernance, au pilotage stratégique, pouvant mettre en place de l’assistance technique. I&P est ainsi entré à hauteur de 29% au capital de Nest, un centre de soins pour la mère et l’enfant à Dakar, comprenant un plateau pédiatrique et une maternité. « Dans le cas de Nest, nous avons regardé attentivement les aspects réglementaires, les questions d’assurance, mis en place un médecin réputé dans la gouvernance de l’entreprise », indique Jérémy Hajdenberg. I&P étudie actuellement un autre projet de maternité en Afrique de l’Ouest et un projet de centre de cardiologie.

Chez Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD), qui intervient dans le financement du secteur privé, cinq à dix dossiers santé sont sur la table. « En dehors de l’Afrique du Sud, du Kenya et de l’Afrique du Nord, l’offre de cliniques privées est très étroite, éclatée, non structurée (…) Nous investissons très en amont, en fonds propres, car le principal besoin pour les structures est de grossir, de monter en gamme, d’être consolidées », relève Julien Lefilleur, responsable de la division Manufacturing, Agribusiness & Services de Proparco. En décembre, le groupe a investi 8 millions de dollars (7,3 millions d’euros) aux côtés de la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale) pour prendre 15% de CIEL Healthcare (CHL), filiale du groupe mauricien éponyme, afin de développer une chaîne d’hôpitaux privés en Afrique subsaharienne. « Proparco a investi dans CHL car c’est un groupe industriel avec une vraie stratégie panafricaine, explique Anne-Sophie Rakoutz, chef de la division private equity chez Proparco.  Il vise la création de “hub and spoke” (réseau de grands et petits centres), pour avoir des acteurs intégrés, soit dans un ensemble régional, soit dans chaque pays. L’aspect taille critique pour donner accès à des soins de qualité à coût abordable est important. Ce qui nous a également intéressé, c’est le fait que CHL travaille avec Fortis Healthcare, leader indien de la gestion hospitalière et bénéficie d’un transfert d’expertise et de technologies éprouvées ». Deux hub sont déjà en place, à Maurice et en Ouganda. CHL comprend aujourd’hui 4 hôpitaux, 21 cliniques, 1 laboratoire et vient de finaliser une prise de participation dans la société nigériane Hygeia, premier fournisseur privé de services de santé.

De son côté, après avoir investi dans un premier groupe de centres de santé, Tunisian Health Care Centers (THCC), le fonds d’investissement Africinvest étudie le financement d’une seconde opération de ce type en Afrique subsaharienne. « En Tunisie, notre positionnement est clairement axé sur les pathologies lourdes et nous avons fait le choix de viser une accréditation européenne, car nous souhaitons développer des relations avec les grands prescripteurs que sont les compagnies d’assurances », indique Aziz Mebarek, co-fondateur d’Africinvest. D’ailleurs, les assureurs eux-mêmes ne sont pas en reste, qui participent à l’extension de la couverture médicale tout en proposant leurs propres établissements de soins. « En Afrique anglophone, des modèles de type HMO se mettent en place. Ces modèles vont progresser et devraient se propager sur le reste du continent », souligne Aziz Mebarek.

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