Chiji Ojukwu, directeur du département agriculture de la BAD : « Il faut mobiliser les banques »

Afrique Magazine

photo Chiji

Interview. Chiji Ojukwu est directeur du département agriculture de la Banque africaine de développement.

Au terme de la conférence de Dakar « Nourrir l’Afrique » en octobre 2015, la BAD a annoncé un plan pour la transformation de l’agriculture africaine. Parmi les mesures annoncées : le développement de zones agro-industrielles et de corridors. Où en êtes vous ?

Chiji Ojukwu : Nous suivons la mise en œuvre de ce plan et, à cette fin, nous avons initié des discussions avec de nombreux pays, dont le Mozambique, la Tanzanie, la République démocratique du Congo (RDC), le Nigeria, le Togo, la Zambie, le Zimbabwe et l’Angola. Créer ces zones et ces corridors revient pour chacun à se positionner sur des niches, des produits agricoles spécifiques. Nous nous réunissons fin mars à Abidjan pour un partage d’expériences.

Combien coûte un tel programme ?

Beaucoup d’argent. La BAD seule ne pourra pas le financer. Nous comptons sur la contribution de nos partenaires. Les Etats consacrent environ 10% de leur budget à l’agriculture. Cela veut dire que le secteur privé a un rôle essentiel à jouer. A la fois pour s’engager dans l’exploitation des terres mais aussi comme co-investisseur aux côtés des fermiers. Il convient aussi de mobiliser les banques. Ces dernières doivent prêter davantage aux agriculteurs. Le plan de Dakar prévoit un mécanisme en ce sens : la fourniture par les banques centrales de capitaux d’amorçage aux établissements commerciaux pour leur permettre de mieux gérer les risques et d’accorder plus facilement des crédits. Au Nigeria, ce système permet aux banques de prêter cinq à dix fois les fonds reçus de la banque centrale via une agence spécialisée, la Nigeria Incentive-Based Risk Sharing System for Agricultural Lending (Nirsal).

On parle aussi de la possibilité d’émettre des obligations diaspora dédiées à l’agro-industrie. Quand pourraient-elles voir le jour ?

 Elles permettraient aux Africains résidant hors du continent d’investir dans ce domaine tout en tirant des bénéfices et elles donneraient aussi aux Etats la possibilité de financer le secteur autrement qu’en puisant dans les ressources publiques. Nous en sommes encore au stade conceptuel. Nous allons organiser des missions au Sénégal et au Mali, et discuter avec les pays qui présentent une forte diaspora. Il s’agit de savoir exactement où investit la diaspora et si l’émission de telles obligations est valable et faisable.

Quels sont les autres mécanismes envisagés ?

Il y a de nombreux exemples de réussite. L’Éthiopie a mis en place un mécanisme de financement des récépissés d’entrepôts, qui permet de développer les échanges en volume de produits agricoles. Un fond Forex en Afrique de l’Est est en train de se lancer. Dans le même temps, nous discutons avec Afex, la bourse régionale agricole d’Afrique de l’Est, pour voir comment la BAD peut encourager les échanges de produits agricoles. Le Nigeria a mis en place un système de fournitures d’intrants pour les paysans. Le Rwanda et la Tanzanie sont mobilisés. Nous devons essayer de répliquer ailleurs ces expérimentations réussies.

En 2011, le Nigeria a réduit ses importations de riz. Aujourd’hui, il couvre 80% de ses besoins grâce à sa production nationale. Faut-il encourager les États à protéger leurs marchés ?

L’important pour nous, c’est que les produits soient compétitifs et de qualité. Il s’agit donc d’adopter les bonnes incitations et politiques qui vont générer une compétition entre les agriculteurs. C’est à cette condition que les cultures africaines perceront en Europe et ailleurs. Pour nous, protéger un marché directement n’est pas la bonne solution.

L’agriculture familiale, agro-écologique et intensive peuvent-elles coexister ?

Le modèle choisi dépend de l’environnement et la taille des économies. Il s’agit de regarder les ressources disponibles, le niveau de participation du secteur public, etc. La BAD est là pour conseiller les pays africains sur ce qui marche, présenter les expériences pilotes et sur les cadres à mettre en place. Nous sommes ainsi à l’origine de projets agro-écologiques, mais ceux ci ne marchent pas partout. Ils sont spécifiques à des zones, à certains pays.

 

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