Amnesty International relève des violations des droits humains dans la filière de l’huile de palme

Planet Labor

 

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Photo Amnesty International

Dans un rapport paru le 30 novembre, Amnesty international dénonce la violation de droits humains et sociaux dans la filière huile de palme en Indonésie, remettant sérieusement en cause la « durabilité » de la filière vantée par nombre de grandes marques agroalimentaires, cosmétiques et ménagères. Limites des démarches de certification, faiblesses des vérifications ou encore insuffisante prise en compte des conditions de travail dans une filière surtout critiquée pour son impact environnemental, ce sont toutes ces questions qui sont soulevées par ce rapport.

Ce rapport de plus de 150 pages, intitulé “The great palm oil scandal : Labour abuses behind big brand names”,est le résultat d’une enquête sur les plantations du premier raffineur mondial et fournisseur d’huile de palme, l’entreprise singapourienne Wilmar. Le rapport remonte la filière jusqu’à neuf multinationales : Unilever, Nestlé, Procter & Gamble, Kellogg’s, Colgate-Palmolive, Reckitt Benckiser, AFAMSA, ADM, Elevance.

Amnesty International s’est entretenue avec 120 ouvriers travaillant dans des plantations appartenant à Wilmar et à deux de ses fournisseurs. Nombre d’atteintes aux droits humains ont été mises au grand jour : travail forcé ; travail d’enfants de 8 à 14 ans dans des conditions dangereuses ; salaires minimum non respectés ; discriminations envers les femmes ; recours au paraquat, un pesticide hautement toxique interdit par l’Union européenne ; absence de tenues de protection adaptée malgré les risques de dégâts respiratoires.

Wilma a reconnu qu’il existait des problèmes concernant les conditions de travail dans ses plantations. Mais malgré ces atteintes aux droits humains, certaines plantations incriminées sont certifiées comme produisant de l’huile de palme « durable » selon les critères de la Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO), un organisme créé en 2004 pour assainir le secteur après plusieurs scandales environnementaux.

« Des entreprises ferment les yeux sur l’exploitation de travailleurs dans leur chaîne d’approvisionnement (…) Ces conclusions choqueront toute personne qui pense faire des choix éthiques au supermarché lorsqu’elle achète des produits sur lesquels il est indiqué qu’ils utilisent de l’huile de palme durable », a déclaré Meghna Abraham, directrice de recherches à Amnesty International.

« Ce rapport montre clairement que les entreprises se servent de la Table ronde comme protection pour éviter une surveillance accrue (…) », a déclaré de son côté, Seema Joshi, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International.

Toutes les multinationales citées, à l’exception d’AFAMSA, sont membres de la RSPO et affirment utiliser de « l’huile de palme durable » sur leur site Internet ou sur les étiquettes de leurs produits.

« On ne découvre pas qu’il y a des problèmes d’abus de droits sociaux dans la filière de l’huile de palme. On savait que cela existait, qu’il y a des dérives. Ce rapport d’Amnesty va permettre de bousculer tous les acteurs, de faire avancer la filière. C’est souvent comme cela que les choses avancent. C’est après la campagne de Greenpeace en 2010 contre Nestlé que les pratiques environnementales ont changé. Il avait fallu cela pour que les acteurs de la filière s’interroge, demandent des explications à leurs fournisseurs et changent leurs pratiques. Jusqu’à présent, que ce soient l’Alliance, les industriels, les raffineurs ou les pays producteurs, nous nous sommes beaucoup focalisés sur les problèmes environnementaux, notamment la lutte contre la déforestation, l’utilisation de certains pesticides (…) Nous avons peut être laissé de côté les droits sociaux et cela va nous obliger à retourner vers les raffineurs pour améliorer les pratiques », reconnait Laure Grégoire, porte-parole de l’Alliance française pour une huile de palme durable.

L’Alliance compte parmi ses adhérents Unilever et Nestlé. Elle est aussi membre de la RSPO qui émet des certifications, décriées dans le rapport.

« Ceux qui achètent de l’huile de palme RSPO ont un certain nombre de garanties sur les droits sociaux : un salaire minimum est fixé, les travailleurs ont un équipement de sécurité… », relève Laure Grégoire de l’Alliance française pour une huile de palme durable. « Mais ce rapport montre les limites parfois décriées de la RSPO : il n’y a pas assez de vérifications effectuées (…) Les acteurs de la RSPO se sont encore réunis en novembre, il y des avancées, mais le sujet est tellement vaste », ajoute Laure Grégoire.

Dans un communiqué, Nestlé a indiqué qu’il enquêtera sur les allégations portées par Amnesty International et concernant Wilmar, l’un de ses fournisseurs. Environ 10% de l’huile de palme utilisée par Nestlé est achetée auprès de l’entreprise singapourienne. « Aujourd’hui, 83% du volume acheté est traçable jusqu’à l’usine de production et 11% traçable jusqu’à la plantation », assure la firme agroalimentaire. « Cette traçabilité n’est pas encore en place dans les plantations mises en cause dans le rapport d’Amnesty ».

 

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