Zara Randriamanakoto, la tête dans les étoiles

Jeune Afrique

Elle est l’une des rares femmes astrophysiciennes d’Afrique et l’une des deux seules de son pays, Madagascar. Zara Randriamanakoto, 35 ans, docteur en astronomie, est spécialisée dans l’observation des amas stellaires au sein de galaxies où l’activité de formation des étoiles est particulièrement intense.

Rattachée à la division des sciences de l’Observatoire astronomique d’Afrique du Sud (SAAO), au Cap, elle poursuit ses recherches pour quantifier l’influence du milieu environnant sur la survie de ces amas stellaires, mesurer leur brillance et essayer d’en déduire leur masse et leur âge, afin de mieux comprendre le mécanisme de formation de l’univers.

Sur la carte du monde de l’astronomie

C’est en 2018 qu’elle commence à faire parler d’elle, lorsqu’elle réussit à faire entrer son pays dans le cercle fermé de l’Union astronomique internationale (UAI), organisation qui regroupe les astronomes chercheurs professionnels actifs du monde entier et qui tient lieu d’autorité reconnue internationalement pour la dénomination des corps célestes.

« C’est l’UAI qui a le pouvoir de dire ce qu’est une planète et qui a décidé de placer Pluton dans une autre catégorie, celle des planètes naines. Je me suis dit que pour que Madagascar soit sur la carte du monde de l’astronomie, il fallait que l’on adhère à une telle institution », s’enthousiasme Zara Randriamanakoto.

Elle y représente désormais Madagascar et sa communauté de dix astrophysiciens, dont deux femmes. Très engagée pour la promotion de l’astronomie auprès des étudiants Malgaches, elle a cofondé en 2016 l’association Malagasy Astronomy and Space Science (MASS). « L’astronomie ce n’est pas l’astrologie, s’amuse-t-elle. Et ce n’est pas seulement réservé aux Occidentaux. »

Elle compte également, depuis moins de deux ans, parmi les membres du conseil d’administration de l’Association africaine d’astronomie (AfAS) et est maître de conférences invité à la faculté de Sciences d’Antananarivo, où elle supervise des étudiants en astrophysique.

Rien, pourtant, ne prédestinait Zara Randriamanakoto à devenir astronome. « Mon rêve d’enfant était de travailler dans les énergies renouvelables. L’astronomie, c’est une opportunité que j’ai saisie. En 2007, Madagascar a commencé à collaborer avec l’Afrique du Sud pour le déploiement du plus grand radiotélescope au monde, le Square Kilometre Array (SKA) », raconte-t-elle.

Le SKA comprend deux infrastructures principales, l’une dans le désert du Karoo, en Afrique du Sud, l’autre dans le désert de Murchison, en Australie, reliées entre elles par des stations et antennes mises en réseau à travers le monde. Il sera cinquante fois plus sensible que le plus grand des radiotélescopes actuels, le Very Large Array aux États-Unis, et permettra d’observer le signal radio de sources galactiques ou extragalactiques très faibles.

« Il fallait former des étudiants , ici à Madagascar, pour qu’ils deviennent experts dans le domaine de l’astronomie, poursuit Zara Randriamanakoto. J’étais à l’université et je me spécialisais en physique énergétique. J’aimais les sciences et pensais devenir spécialiste en énergies renouvelables. Mais c’est à ce moment-là, pour ce projet de très grande envergure, que je me suis impliquée en astronomie. Et c’est devenu une passion. »

Sa mère comme modèle

Après avoir obtenu une maitrise en Sciences physiques à l’Université d’Antananarivo, la jeune femme poursuit ses études à l’Université de Cape Town, grâce à une bourse octroyée par le projet SKA, et y décroche son doctorat en Astronomie en 2015.

« Ce fut un sacré challenge en arrivant en Afrique du Sud. Il y avait la barrière de la langue, car à Madagascar on utilisait le français et pas vraiment l’anglais. Et je n’avais pas de connaissance en astronomie. Il a fallu réapprendre les bases pour m’impliquer dans un projet de recherche. J’ai dû me mettre à niveau en une seule année », explique-t-elle.

Être une femme en revanche n’a jamais été un frein. Persévérante, assurée, fonceuse, elle a toujours su se faire entendre et comprendre. « Mais je sais que pour nombre de femmes, scientifiques, africaines, c’est difficile. Je tiens cela de ma mère, Jeanine, j’ai tout appris d’elle. C’est une femme forte, qui s’est battue toute sa vie pour nous donner une éducation et contre la maladie aussi. Elle est mon premier modèle et m’a donné cette énergie, cette combattivité, cette force de caractère ».

Zara Randriamanakoto a grandi entre un grand frère et une benjamine à Antsirabé, à 150 kilomètres de la capitale, dans une famille de la classe moyenne. « Mon père a quitté l’école à 15 ans. Ma mère, elle, était professeur de mathématiques. Après son baccalauréat, elle n’a pas pu aller à l’université car elle n’avait pas les moyens. Son rêve était que nous puissions, nous, y aller. Et c’est ce que nous avons fait ».

« Maintenant ou jamais »

Aujourd’hui, elle entend elle aussi servir de modèle aux jeunes femmes. Elle a créé le réseau Ikala STEM pour faire du mentorat et promouvoir les femmes de science malgaches, travaillant partout à travers le monde. Lucide sur son rôle et sur l’importance pour les jeunes femmes d’avoir des modèles de femmes scientifiques qui ne soient pas seulement occidentales.

Pour l’heure, l’astrophysicienne compte poursuivre sa carrière en Afrique du Sud, avec son mari, consciente des ressources et infrastructures mises à sa disposition pour exceller. « C’est maintenant où jamais », convient-elle.

Mais Zara Randriamanakoto ne cache pas son désir de revenir un jour à Madagascar, dans la salle de contrôle de l’Observatoire, installée à proximité de la capitale, pour faire bouger le futur plus grand télescope du pays, actuellement en phase de conversion pour s’intégrer au projet SKA. Son rêve serait ainsi de constituer son propre groupe de recherches avec des astronomes malgaches et africains.

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