La normalisation au coeur du partenariat Europe-Afrique

Récolte du coton, Botswana (photo C.M)

Enjeux

Dans la foulée des accords post-Cotonou et succédant à la feuille de route, révisée périodiquement depuis 2008, entre l’Union européenne et l’Union africaine, une nouvelle stratégie commune entre l’Europe et l’Afrique se dessine, dans un contexte de pandémie mondiale et face aux défis de la mondialisation et de la transition écologique.

L’Union européenne veut un partenariat stratégique « plus ambitieux » qui doit être entériné lors du prochain sommet UE-UA dont la tenue en 2021 reste à préciser, après son report pour cause de Covid.

Quelle sera la stratégie commerce et industrie de l’Union européenne vis-à-vis de l’Afrique, en particulier matière de normalisation dans les prochaines années ? Qu’en attendent les Africains, eux qui misent sur l’industrialisation du continent et le développement des échanges grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), nouveau marché de près de 1,3 milliard de consommateurs, entrée en vigueur le 1er janvier dernier.

S’appuyant sur un document publié en mars 2020, intitulé « Vers une stratégie globale avec l’Afrique », la Commission européenne propose de redéfinir la stratégie de l’Union avec l’Afrique sur la base de cinq partenariats thématiques : la transition verte et l’accès à l’énergie ; la transformation numérique ; la croissance et les emplois durables ; la bonne gouvernance et la migration.

De leurs côtés, les députés de la commission développement au Parlement européen souhaitent aller plus loin, soulignant la nécessité de renforcer l’autonomie de l’Afrique et de s’affranchir de la relation donateur-bénéficiaire en donnant aux nations africaines les moyens d’atteindre les Objectifs de développement durable des Nations unies. Pour les députés, l’UE devrait apporter un soutien financier et technique à long terme aux pays africains pour stimuler l’adaptation au climat. L’UE devrait également soutenir l’intégration régionale africaine et dans ses ambitions de mettre en œuvre leur Zone de libre-échange continentale, Zlecaf, afin de réduire la dépendance aux importations étrangères.

Depuis plus d’un an et la relance annoncée des relations entre l’UE et l’Afrique par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la donne a changé. Le monde est en récession, dont l’Afrique, et Bruxelles souhaite voir la reprise africaine s’aligner sur ses propres stratégies économiques, annoncées ces deux dernières années.

Pour la première fois en 25 ans, le continent africain enregistre une croissance négative, avec un taux de -3% en 2020, selon les prévisions du FMI publiées en octobre 2020. « La reprise africaine post-Covid doit englober la transition vers une croissance verte et numérique. A notre sens, c’est crucial », pointe Koen Doens, directeur général pour la coopération internationale et le développement, au département Partenariats internationaux de la Commission européenne.

La mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale est une priorité : l’aide européenne en faveur de la Zlecaf est passée de 12,5 millions d’euros en 2014-2017 à 60 millions au cours de la période 2018-2020, relève la Fondation Robert Schuman.

« Sans projets d’infrastructures régionaux, il n’y aura pas de mise en œuvre de la Zlecaf », souligne Ibrahim Mayaki, directeur exécutif de l’Agence de développement de l’Union africaine, qui plaide pour des projets de « corridors multisectoriels intégrés » comme ceux en développement sur les axes Lagos-Abidjan ou Dakar-Bamako. L’urgence est aussi à la lutte contre la pandémie, qui bouleverse les agendas et fait prendre conscience des vulnérabilités, européennes, mais aussi africaines.

Si l’Afrique convient que la reprise sera tirée par le commerce intra africain et avec l’Europe, « la pandémie a montré qu’il nous faut revoir le régime des droits de propriété intellectuelle qui dessert le développement industriel et économique de l’Afrique, dans le domaine de la santé et de l’industrie pharmaceutique notamment », indique Wamkele Mene, secrétaire général de la Zlecaf, qui plaide pour un meilleur accès aux vaccins.

La normalisation est au cœur de ce partenariat renouvelé, pour doper les échanges intra africains et permettre l’industrialisation et le développement du commerce avec l’Europe, sur fond d’influence chinoise, américaine mais aussi britannique depuis le vote en faveur du Brexit. Depuis trois ans, le Royaume-Uni cherche en effet à muscler sa présence dans les pays anglophones africains via le Commonwealth Standards Network (CSN), inspiré par le Réseau Normalisation et Francophonie (RNF), censé renforcer la performance économique des États membres du Commonwealth grâce à une coopération plus étroite dans l’utilisation des normes internationales.

« La Zone de libre-échange continentale africaine offre aux pays africains la possibilité de dynamiser leur développement durable grâce au commerce. Nous savons d’après notre expérience en Europe que les normes et l’Infrastructure Qualité sont des éléments essentiels pour créer un marché unique. Notre expérience est largement exportable. En soutenant l’Afrique dans son aventure avec la Zlecaf, nous construisons une voie pour que nos économies se renforcent ensemble », souligne David Bell,  président du groupe de travail Afrique au CEN-CENELEC et directeur de la politique des normes au BSI, l’institut britannique de normalisation.

Sur le continent, la normalisation en est à ses prémices et souffre d’une grande hétérogénéité, bien qu’elle se structure peu à peu via l’organisation africaine de normalisation ARSO (ORAN en français) et la commission électrotechnique africaine de normalisation AFSEC. L’ARSO détient un catalogue de plus de 1230 standards africains régionaux harmonisés et a établi 13 comités techniques afin d’harmoniser dans des secteurs prioritaires pour l’Afrique, notamment l’agroalimentaire et l’agriculture, la construction, la chimie, le textile, le transport, la gestion environnementale ou encore la médecine traditionnelle africaine. L’ARSO compte 35 membres africains et travaille avec l’ISO pour élaborer des normes africaines spécifiques harmonisées.

« Les normes et la certification sont clés pour se préparer à l’export et pour accéder aux marchés internationaux, dont l’UE. Or, la plupart des produits ne sont toujours pas certifiés en raison d’un manque d’informations sur les normes pertinentes et du manque de ressources pour les adopter », indique Eve Gadzikwa, directrice générale de l’organisation zimbabwéenne de normalisation SAZ. Au Zimbabwe, la stratégie nationale d’exportation 2019-2023, qui met l’accent sur les chaines de valeur agricoles, sur le textile et sur le secteur minier notamment, souhaite accompagner plus spécifiquement les PME, à acquérir les certifications appropriées.  

« Les organisations africaines de normalisation sont de qualité très variables, certaines sont très bien structurées, c’est le cas en Afrique anglophone, au Kenya et en Afrique du Sud particulièrement, mais aussi en Égypte ou au Maroc, mais d’autres sont très loin de cette dynamique et difficiles à mobiliser », explique Pascale Mienville, vice-présidente Europe du Réseau Normalisation et Francophonie (RNF) et responsable adjointe du département affaires internationales d’Afnor. Tandis que le groupe de travail Afrique-UE a du mal à dégager des actions concrètes pour permettre l’appropriation de la culture « normes », qui n’existe pas franchement sur le continent, le RNF et le groupe Afnor tentent de mobiliser les pays africains francophones sur des thématiques émergentes, d’intérêt pour la France, comme l’économie circulaire, la biodiversité, la RSE, la transition écologique, la protection de l’environnement, en les faisant venir à des comités techniques. « Évidemment on ne va pas faire venir nos partenaires africains sur des TC traditionnels, automobile, aéronautique… Cela n’aurait pas de sens. On acculture nos partenaires africains à la normalisation par le biais de ces nouveaux sujets. C’est toujours plus facile dans la normalisation, pour bien comprendre, d’arriver au démarrage des travaux », souligne Mme Mienville. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Maroc se montrant particulièrement dynamiques.

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