Pas de reconnaissance pour les réfugiés du HCR au Maroc

New African

 UNHCR

Réfugiés devant le HCR à Rabat (photo UNHCR)

Au Maroc, le statut de réfugié attribué par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’est pas reconnu. Privés de titres de séjours, les réfugiés sub-sahariens vivent dans une extrême précarité. Impossible pour eux d’accéder au marché du travail formel. Le statut protège des reconduites à la frontière, mais guère plus.

Réfugiée du Congo Brazzaville, installée à Rabat depuis quatre ans, Nadège Akouala, 34 ans, vit difficilement. Dans la chambre exiguë : un lit, une chaise, quelques ustensiles de cuisine, des sacs, une télévision et des photos de famille épinglées au mur.

Blessée par balle au niveau de la nuque, Nadège Akouaka n’a pas retrouvé l’usage de ses jambes. Une chaise roulante est rangée dans l’entrée. Impossible pour Nadège de se mouvoir seule et encore moins de travailler. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) lui verse une pension de 1 000 dirhams par mois (environ 87 euros). Mais une fois réglée les 800 dirhams pour sa chambre, Nadège se retrouve démunie. « Une fois la chambre payée, il me reste 200 dirhams. Si les gens autour de moi ne m’aident pas, je ne parviens jamais à m’en sortir. C’est vraiment difficile », confie t-elle. Cette mère de trois enfants, restés au Congo, rêve d’aller en Europe. Si elle pouvait bénéficier d’une bonne rééducation, elle pourrait remarcher, lui ont assuré les médecins. Mais pour le HCR, Nadège ne peut pas être réinstallée. « Ils m’ont dit que leur budget est limité (…) Je suis la mère de trois enfants, ils ont besoin de moi, mais je n’ai qu’une seule main valide ; comment pourrais je m’occuper d’eux ? », interroge t-elle. « Là bas, ils sont chez mes parents au village. Ils ne vont pas à l’école, ils ne font rien ». Sans ressources, la jeune femme congolaise a peu d’espoir de voir sa situation s’améliorer ; les médicaments et la rééducation coutent chers.

Au Maroc, pays de transit et de plus en plus de destination pour les migrants et les demandeurs d’asile en provenance d’Afrique sub-saharienne, le statut de réfugié du HCR n’est pas reconnu par les autorités. Quoique signataire de la Convention de 1951 sur les réfugiés et du Protocole de 1967, le Maroc n’a pas encore adopté de législation nationale sur les réfugiés, ni institué de procédures d’asile conformes aux normes internationales. Dans ce contexte, la difficulté pour le HCR consiste à assurer la protection des réfugiés au sein de mouvements migratoires dans le pays. Pour 2011, le budget du HCR pour l’Afrique du Nord s’élève à 54,472 millions d’euros, dont 2,6 millions pour le Maroc, hors mesures de rétablissement de la confiance au Sahara occidental (12,3 millions). Près de la moitié du budget du HCR en Afrique du Nord va à l’Algérie.

Privés de titres de séjours, les réfugiés vivent dans une grande précarité. Ils sont moins de 800 reconnus aujourd’hui par le HCR à Rabat, issus principalement de la Côte d’Ivoire (34%) et de la République démocratique du Congo (26%). Parmi ces réfugiés, 17% sont des femmes et 28% ont moins de 17 ans. Pour les réfugiés, le statut du HCR protège des reconduites abusives à la frontière, mais guère plus. L’année dernière, seules 14 personnes ont été refoulées, contre une centaine les années précédentes.

« L’absence de titres de séjours pousse les réfugiés à accéder au marché informel de l’emploi, en ce sens qu’ils ne peuvent pas avoir de contrats de travail, ils ne peuvent pas avoir de documents officiels, de document de voyage de la Convention et donc ils ne peuvent pas avoir accès aux services de base les plus élémentaires », explique Marouane Tassi, chargé des affaires juridiques auprès du HCR à Rabat. Néanmoins, selon le responsable, il y a aujourd’hui des efforts de part et d’autre pour mettre en place dans les meilleurs délais un cadre juridique, législatif et institutionnel relatif à l’asile.

Quartier industriel de Hay Nahda à Rabat. Assis sur le rebord de son lit, Kalilou Cissé, chemise à rayures et lunettes de soleil sur le front, regarde avec attention les nouvelles d’Abidjan diffusées sur son poste de télévision. Kalilou est réfugié au Maroc depuis cinq ans. Quand la guerre a éclaté en 2002, après avoir vu la maison de son voisin incendiée, il a quitté la Côte d’Ivoire, inquiet pour sa vie. Il a traversé le Mali et l’Algérie, avant de se retrouver au Maroc.

Aujourd’hui, cet Ivoirien de 37 ans survit grâce à de petits boulots, au black. Aide maçon, peintre, travail au champs, il est payé 50 dirhams la journée, un peu plus de 4 euros, mais la moitié environ de ce que touchent les travailleurs marocains. Difficile pour Kalilou, pourtant formé en marketing et communication, de se faire une place. A Abidjan, Kalilou avait monté sa propre société dans le secteur textile. « Il y a toujours un blocage. Le blocage c’est la carte de séjour. Pour travailler dans un centre d’appels, j’ai passé les tests. On m’a dit, c’est bon, on va vous appeler dans deux semaines pour venir faire la formation. Amenez des photos, la photocopie de votre carte de séjour. Et là c’est le blocage, comme à chaque fois, car je n’ai pas de carte de séjour », explique Kalilou, amer.

La chambre qu’il partage avec un autre réfugié comme lui, coute 1 500 dirhams par mois (environ 132 euros). Entre les factures d’électricité, le téléphone, le transport, la nourriture, il doit trouver entre 1 000 et 2 000 dirhams par mois pour survivre.

« Depuis que le HCR nous a donné des cartes plastifiées, les policiers marocains ne peuvent plus déchirer nos documents. On est épargné par les rafles. Mais pour le reste, on vit comme les autres migrants africains sans papiers », raconte t-il, servant le thé. Qu’ils soient réfugiés ou clandestins, les migrants sont vulnérables. Trop souvent victimes de racisme, ils ont du mal à se défendre. « Il y a un problème de sécurité  car un migrant qui se fait agressé n’a pas droit à une protection. Au commissariat, on nous dit « présentez vous ». Il faut la carte de séjour. C’est un problème. On vient pour porter plainte, mais cela reste sans suite », regrette Kalilou. Pour le travail, même chose. Obligés de travailler au noir, les réfugiés victimes de patrons peu scrupuleux, qui négligeraient de les payer, n’ont aucun recours. « Si vous ne croyez pas en Dieu. Quand vous arrivez ici, vous vous mettez à croire. C’est tellement difficile », lâche Kalilou.

« Les initiatives du HCR sont très limitées », déplore Saïd Tabal, membre du Comité central migration et asile de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). L’organisation onusienne est qualifiée de partiale. « Le HCR défend les orientations politiques européennes dans le domaine d’asile, dénonce le responsable de l’AMDH. En Europe, on constate un durcissement des procédures, la complexification des procédures de demande de visas, une approche plus sécuritaire ».

Régularisation des sans papiers

Tandis que les Marocains manifestent pour des réformes politiques, davantage de démocratie, de liberté et de justice sociale, les associations de défense des migrants surfent à leur tour sur la vague. Elles demandent le respect des droits élémentaires des réfugiés et demandeurs d’asile installés au Maroc, notamment le droit aux soins, à la scolarisation des enfants, à une alimentation saine et à un emploi stable.

Elles demandent l’obtention de la carte de séjour pour tous les réfugiés reconnus par le HCR. Le Conseil des migrants subsahariens, organe représentatif mais non reconnu par les autorités marocaines, va même plus loin, demandant la régularisation de tous les sans papiers ayant passé plus de cinq ans sur le territoire marocain. On estime à 15 000 le nombre de migrants sans papiers au Maroc. « Certaines ambassades, comme le Cameroun, le Sénégal, délivrent des cartes consulaires à leurs ressortissants. On peut donc savoir qui est au Maroc et depuis combien de temps », affirme Fabien Didier Yene, président de l’Association des migrants Camerounais au Maroc (Adescam). Le Conseil des migrants demande également à l’Union européenne de cesser d’externaliser sa politique d’asile. Alors que des changements politiques majeurs, annonçant la fin de régimes autoritaires, sont amorcés au sud de la Méditerranée, les gouvernements et les instances de l’Union européenne se montrent avant tout préoccupés de se protéger contre « les flux migratoires incontrôlables », regrette l’AMDH.

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