A Sidi Moumen, rien ne change ou presque

La Croix

Les mouvement islamistes s’activent dans ce bidonville de Casablanca abandonné par l’Etat. Le chômage, le trafic de drogues et l’insécurité sont le lot quotidien des habitants.

Bidonvilles à Casablanca

Bidonville de Sidi Moumen (photo C. Marot)

Adossé contre un mur, jean et veste de sport blanche, Mourad fixe l’horizon de ses grands yeux verts. Son regard se perd sur les baraquements tordus, fait de briques et de tôles, surmontés de paraboles. Autour, ce sont des amas de pierres, vestiges des cahutes rasées de ceux qui ont pu être relogés. Des tapis bigarrés sont accrochés dans le vent. Autour de la fontaine, les enfants courent pieds nus. Quelques moutons s’aventurent parmi les immondices qui bordent l’entrée de Douar Thomas à Sidi Moumen, le plus gros bidonville de Casablanca.

« Je reste là toute la journée, sans rien faire. J’ai 31 ans et je n’ai pratiquement jamais travaillé. Des bricoles à droite, à gauche, pendant un mois ou deux, c’est tout », se désole le jeune homme. Mourad retourne les poches de son pantalon : « Voilà, je n’ai rien, absolument rien. Pas d’argent, lance t-il amer. C’est pas une vie ».

A Casablanca, on estime à 250 000 le nombre d’habitants des bidonvilles. Plus de six ans après son lancement, le programme national d’éradication des bidonvilles accuse du retard. L’échéance de 2012 approche, et à Casablanca, poumon économique de plus de 3 millions d’habitants, seules 45 000 baraques ont été détruites, soit un taux d’avancement de 50%. Outre des conditions de vie précaire et le chômage qui touche plus de la moitié de cette population, les problèmes de drogue et l’insécurité sont le lot quotidien des bidonvillois. « Il y a beaucoup de problèmes d’alcool, les jeunes prennent du hash, des pilules, ça les rend fous », poursuit Mourad.

« Depuis 2003 (ndlr, les attentats de Casablanca), rien n’a vraiment changé. Cela n’avance pas vite. Il y a beaucoup de souffrance chez les gens », indique Siham, petite brune de 19 ans, qui vit seule avec sa mère.

Dans le bidonville de Sidi Moumen, la police ne patrouille guère. « Ils ne s’occupent pas de notre sécurité. Quand ils viennent, c’est pour chercher quelqu’un », s’amuse Yacine, 28 ans, lunettes de soleil sur le front. « Ceux qui viennent, ce sont les membres d’Al Adl Wal Ihsane (ndlr, parti islamiste interdit mais toléré par les autorités). Ils organisent des ateliers pour les femmes, pour les hommes, font des lectures du Coran et des hadiths », explique le jeune homme.

Depuis le 28 avril, l’attentat de Marrakech, qui a fait 17 morts dont 8 Français, nourrit les conversations. « Les gens qui ont commis cet attentat ne sont pas musulmans. L’islam, ce n’est pas cela », proteste Siham. « Le gars, c’est un Marocain ? Il a fait cela tout seul ?», peine à croire Mourad. Si la grande majorité des habitants de Sidi Moumen condamnent vivement l’attentat, « pas mal de gens ici ont des opinions djihadistes, mais c’est caché. Ben Laden était plutôt bien vu », affirme toutefois Yacine.

Une semaine après l’explosion qui a soufflé le café Argana, trois ressortissants marocains ont été arrêtés. Selon les autorités locales, Adil El-Atmani, le principal suspect, âgé de 25 ans, se serait initié à la fabrication d’explosifs sur Internet. Imprégné de l’idéologie djihadiste, mais sans lien direct avec Al-Qaïda, l’homme, originaire de Safi, ville côtière à 150 km de Marrakech, aurait tenté de rejoindre, à plusieurs reprises, la Tchétchénie et l’Irak, avant de décider d’agir sur le sol marocain.

Initialement mise en cause, Al- Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), a nié être à l’origine de l’attentat. Selon Mohamed Darif, politologue maro- cain, « l’idéologie salafiste djihadiste est présente au Maroc, au niveau po- litique, mais pas de façon structurée, organisationnelle. Des cellules sont régulièrement démantelées. Adil El- Atmani est dans un djihad personnel, individuel, sans appartenance véri- table à une organisation. Ce n’est pas nouveau. En 2008, à Meknès, un ingénieur a voulu se faire exploser. »

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