Chasse à l’uranium sur fond de tensions politiques au Niger

Les Afriques

Dans un contexte très favorable des cours de l’uranium, malgré un repli certain, ces dernières semaines, le Niger entend redistribuer les cartes. Le monopole d’Areva est ébranlé, au profit de compagnies junior étrangères. Parallèlement, la rébellion touarègue dans le Nord, zone d’exploration, s’intensifie.

Ils sont Canadiens, Britanniques, Australiens, Américains, mais également Chinois, Indiens, Sud-Africains et Russes. Leur point commun : la recherche d’uranium, le « yellow cake », dont ils disputent le monopole au groupe nucléaire français Areva, présent au Niger depuis près de 40 ans. Depuis le début de l’année, la délivrance de nouveaux permis d’exploration (plus de 65) s’est nettement accélérée, tandis que le cours de l’uranium poursuivait sa folle ascension.

« Au total, 90 titres d’exploration sont attribués pour l’uranium, dont 8 au groupe Areva », souligne Oumarou Massladi, directeur des Mines au Niger. «Mais il faut noter que depuis 2004, la surface couverte par les permis accordés, 500 km2, est quatre fois inférieure aux surfaces données précédemment en exploration au groupe français », ajoute t-il. Ainsi, Areva, qui tire 40% de son approvisionnement en uranium du sous-sol nigérien, détiendrait encore près du « quart de la surface mise en exploration », confirme Mazou Youssouf, directeur de la recherche géologique et minière. Les espoirs sont particulièrement nourris à l’égard du gisement d’Imouraren, dans la région d’Agadez, actuellement en proie au durcissement de la rébellion touarègue. Le groupe français prévoit ainsi d’injecter près d’un milliard d’euros pour l’exploitation du site.

En toile de fond, Areva ambitionne de doubler, d’ici 2012, sa production totale d’uranium à 12 000 tonnes par an, via le développement de l’exploration et la croissance externe. Le rachat, fin juillet, de la société minière junior UraMin, basée en Afrique du Sud et listée sur le Toronto Stock Exchange, participe de cette stratégie. UraMin détient des intérêts en Afrique du Sud, en Namibie et en République centrafricaine. Toutefois, les « huit permis d’exploration détenus par UraMin au Niger ne font pas partie du rachat », précise Areva. Pour l’heure, Areva exploite les mines de Somaïr (région d’Arlit) et de Cominak (site d’Akouta).

Les revenus de l’uranium : seulement 1,6% du PIB

Avec les autorités de ce pays de 13,5 millions d’habitants, la tendance est à l’apaisement. Début août, le groupe français renouvelait ses contrats miniers, quelques jours seulement après l’expulsion, le 25 juillet, de Dominique Pin, directeur local d’Areva, accusé de soutenir financièrement la rébellion touarègue dans le Nord. Des accusations formellement démenties par le groupe français, qui aurait joué de malchance après que des soldats chargés de la sécurité du site de prospection d’Imouraren se soient enfuis avec la caisse pour rejoindre le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), en conflit ouvert avec Niamey. Avant Dominique Pin, ancien de la « cellule Afrique » de François Mitterrand, il y a eu Gérard Denamur, expert en sécurité travaillant pour Areva sur le site d’Imouraren, expulsé en juin pour « ses liens présumés » avec la rébellion. Et ce deux mois après une attaque du camp par le MNJ. Aujourd’hui, le site, qui compte habituellement une centaine de personnes, est «en sommeil ». Quant à un éventuel retour de Dominique Pin au Niger, « le cas se traite au niveau politique, sans plus d’informations à ce sujet », indique Areva.

Reste que les tensions dans le Nord du pays pourraient entraver sérieusement les activités de prospection des compagnies. Confronté depuis plusieurs mois à une recrudescence de la rébellion, qui a fait plusieurs morts, le président nigérien Mamadou Tandja a proclamé, le 24 août dernier, l’état d’urgence pour trois mois. Par ailleurs, début juillet, un responsable chinois de la China Nuclear Engineering & Construction Corp (CNEC) était enlevé par les rebelles touaregs avant d’être relâché. Le MNJ, qui avait reproché à la Chine de vendre des armes au gouvernement, revendique notamment le désenclavement de la région d’Agadez et une meilleure insertion dans le tissu économique local ; en clair un partage des richesses à son meilleur avantage. C’est peu dire que le minerai d’uranium tant convoité ne profite guère aux Nigériens. Quatrième producteur mondial avec environ 3 500 tonnes, derrière le Canada, l’Australie et le Kazakhstan, le Niger est aussi le pays le plus pauvre de la planète, en terme d’indice de développement humain. Dans sa quatrième revue du programme Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), conclue en juillet dernier, le FMI souligne qu’en 2006 les revenus de l’uranium pour l’Etat nigérien se sont élevés à 46,3 millions d’euros, soit 1,6% du PIB seulement. Pour ordre de grandeur, Areva a enregistré un résultat net de 649 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 10,86 milliards, soit 3,7 fois le PIB du Niger.

Le Niger se sait courtisé

Dans ce contexte, la reconduction, avant son terme fin 2007, des accords d’exploitation des mines de Somaïr et de Cominak, opérées par Areva, prévoit la hausse du prix de l’uranium payé au gouvernement nigérien, de 27 300 Francs CFA le kilo (41,6 euros) à 40 000 FCFA (60,97 euros). Pour autant, ce prix demeure encore bien inférieur aux cours du marché. Dans le cadre de ces nouveaux accords qui courent jusque fin décembre, le Niger a également fait savoir qu’Areva verserait un acompte sur dividende de 22,9 millions d’euros et livrerait 300 tonnes d’uranium qu’il lui reviendra de vendre directement sur le marché international. Pour 2008, d’autres négociations devraient être engagées à la lumière des nouvelles conditions du marché, a néanmoins souligné la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou.

Avec la montée en flèche des cours de l’uranium ces quatre dernières années, suscitée par un regain d’intérêt pour le nucléaire civil, le Niger se sait courtisé et entend bien reprendre la main pour casser le monopole d’Areva. Ainsi, malgré un repli certain des cours de l’uranium ces dernières semaines, la livre d’U3O8 s’échangeait fin juin à 135 dollars sur le marché spot, un record, contre 46 dollars fin juin 2006 et 10,90 dollars fin juin 2003, selon TradeTech, consultant américain. Sur le marché de long terme, le prix de l’oxyde d’uranium s’établissait à 95 dollars (seul 10% environ de l’uranium est échangé au comptant ; la plupart des transactions s’effectuant à terme). Plus récemment, la livre d’U3O8 a perdu plus de 30% à 90 dollars la livre, résultat en partie d’un abandon des positions spéculatives. Mais la demande pour le yellow cake devrait se maintenir, soutenue par la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, 60 nouvelles installations doivent être construites au cours des 15 prochaines années, venant s’ajouter aux 437 centrales nucléaires civiles déjà actives dans le monde.

Sociétés d’exploration au Niger

Société Nationalité Permis d’exploration
Areva français 8
Global Uranium Corporation canadien 4 et plus
Semafo canadien 5
North Atlantic Resources canadien 2
Island Arc Exploration canadien 2
Sanu Resources canadien 2
Niger Resources canadien 2
Ivanhoe Mines canadien 5
Northwestern Minerals canadien 2
UraMin canadien 8
Bayswater Uranium Corp. canadien  
Cooper Minerals Inc. canadien  
Trendfield chinois 2
China National Uranium Corp. chinois 2
Rio-Tinto anglo-australien 2
Taurian Resources indien 5
Liptako et Maradi Mining anglais 3
Niger Mining Services anglo-sud africain  
Caracal Gold Burkina anglo-américain  
American Technologies.Inc Petroleum américain  
Afri Resources maltais-australien  
Atepa Group Russia Russe  
River Universal Trading russe  

Source: ministère nigérien des Mines, sites web des sociétés, Africa Mining Intelligence.

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