Législatives Maroc: victoire surprise de l’Istiqlal sur fonds d’abstention record

Les Afriques

Au Maroc, le parti nationaliste Istiqlal (Indépendance) a créé la surprise en arrivant en tête des élections législatives avec 52 sièges, soit 16% des suffrages, devant le Parti de la Justice et du Développement (PJD), parti islamiste « modéré », selon les résultats provisoires communiqués le 8 septembre par le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa. L’Istiqlal gagne 4 sièges par rapport au dernier scrutin.

Le PJD, qui a remporté 47 sièges, 5 de plus qu’en 2002, s’est empressé de dénoncer les fraudes et la corruption. « L’argent sale a coulé à flots (…) Nous en avons la preuve et nous le contesterons », a déclaré Lahcen Daoudi, numéro deux du PJD. « Ce n’est pas simplement triste pour nous, ça l’est aussi pour la démocratie marocaine », a-t-il ajouté. Le PJD s’attendait à devenir la première formation politique du Royaume et escomptait un score compris entre 60 et 80 sièges.

Selon les observateurs étrangers, qui surveillaient les élections pour la première fois, le scrutin s’est déroulé « dans la transparence ». Même si des membres d’une équipe internationale déployée par l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI), basé aux Etats-Unis, rapportent avoir été témoins ou informés d’irrégularités ponctuelles. Le rapport définitif sera publié dans les prochaines semaines. Ils étaient 52 observateurs étrangers déployés dans le pays aux côtés de 3 000 observateurs marocains.

Pour ces secondes élections législatives depuis l’accession sur le trône de Mohammed VI, en 1999, 33 partis et des dizaines d’indépendants briguaient les 325 sièges de la Chambre basse. Le Mouvement Populaire (berbère) et le Rassemblement national des Indépendants (RNI, libéral) sont arrivés respectivement en troisième et quatrième position. Ils obtiennent 43 et 38 sièges au Parlement. En revanche, l’Union socialiste des forces populaires (USFP), qui dominait la chambre sortante avec l’Istiqlal, essuie un camouflet. Elle obtient 36 sièges contre 50 sièges en 2002. Deux de leurs ministres, celui de la Culture et la ministre chargée des Marocains résidant à l’étranger, n’ont pas réuni les voix nécessaires à leur élection au siège de députés. Le responsable de la campagne de l’USFP, Abdelmalak Jdaoui, n’a pas exclu un retour dans l’opposition pour ce parti qui y a mené une politique de contestation durant des décennies.

Pour autant, la victoire de l’Istiqlal semble bien dérisoire au regard de l’abstention record qui accompagne ces élections. Le ministère de l’Intérieur annonce un taux de participation de 37% seulement contre 52% en 2002. Le revers est cuisant pour l’ensemble de la classe politique. « Le taux de participation nous interpelle tous », a déclaré le ministre de l’Intérieur. « Le défi aujourd’hui consiste à réfléchir à la meilleure manière de mobiliser les électeurs afin de soutenir l’action politique ». Manifestement, le désintérêt des Marocains pour la chose politique est profond. En cause : le manque de lisibilité de l’action gouvernementale, la question de l’exercice réel du pouvoir, le taux élevé d’analphabétisme, le sentiment que rien ne change pour ceux qui vivent dans l’extrême pauvreté, la corruption, les affaires, etc. Choqués par cette abstention historique, plusieurs partis ont indiqué qu’il fallait revoir la manière dont ils avaient mené leur action politique.

Au Maroc, la nature du mode de scrutin, à la proportionnelle au plus fort reste, fait qu’il est quasiment impossible pour un parti seul de remporter la majorité absolue à la Chambre des représentants. Au vu des résultats définitifs, le roi Mohammed VI devrait donc nommer un Premier ministre qui négociera avec les partis représentés pour former une coalition.

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